Historique de l'oeuvre

 

Parlez de la Blanquette quelque part dans le monde, et l'on évoquera invariablement devant vous : "Limoux, près de Carcassonne". Fréquentez un tant soit peu le monde des arts et partout en France, le moins féru de peinture vous rappellera qu'il existe dans l'Aude, sous les platanes d'une longue allée, un charmant petit musée de la Belle Époque, au carrelage boiteux et aux murs lépreux, où se trouvent "Les Blanchisseuses".
Ces blanchisseuses, sont en fait les jeunes filles représentées sur l'œuvre magistrale de Marie-louise Petiet, universellement connues, depuis que le tableau, une huile sur toile, a été produit au Salon de Paris en 1882 et l'année suivante à Pau. Cependant, la tradition limouxine s'accorde pour reconnaître sur la toile et depuis bien longtemps : "Les Repasseuses". C'est en effet sous cette appellation que la peinture est référencée de façon constante sur les anciens catalogues du Musée Petiet.  Exposée d'abord dans la salle B, elle y reste jusqu'au mois d'avril 1948 ; visible ensuite au centre de la cimaise du grand panneau mural à droite, dans la salle audoise D ; elle rejoindra la salle F, autrement dite salle Marie Petiet où elle se trouve encore aujourd'hui depuis 1959. La toile porte en bas à droite, le diminutif de l'auteur, Marie, son nom de jeune fille, Petiet, la date de création, 1882. Elle mesure 1 m 70 de large pour une hauteur de 1 m 13. 

 

Description

 

 

Mademoiselle Marie-louise Petiet nous conduit à l'intérieur d'un atelier où l'on apprend à se jouer des gestes complexes liés au travail du repassage. Devant les pans d'étoffes colorées, de linges soigneusement blanchis et de draps suspendus se trouve un tuyau, noir et coudé, dont la présence n'est pas anodine. L'auteur qui excelle à merveille dans l'expression de scènes vécues, comme dans la représentation de leurs détails, veut par ce moyen faire oublier les lignes horizontales de sa composition peut-être trop nombreuses ; conduire notre regard vers le fond de la pièce afin qu'il s'éloigne rapidement du premier plan et se  détourne du personnage aux vêtements sombres vu de dos. Le tuyau suggère aussi, avec force, la présence d'un poêle à bois ou à charbon sur lequel vont être posés, tour à tour, les fers trop refroidis ; mais encore et surtout, l'atmosphère humide et suffocante du lieu.

Car il fait chaud. Les élèves repasseuses viennent s'initier à la table par groupes de trois et celles que l'on voit de face, maintenant en activité, sont vêtues à la légère, leurs chemises sont claires et leurs manches parfois retroussées. L'activité de l'atelier semble intense, les gestes consciencieux et précis. Les ouvrières au repos contribuent par leurs confidences ou leurs plaisanteries à détendre l'ambiance de ce lieu où l'on travaille. Les visages, si finement dessinés, roses et frais, si expressifs, ont permis d'identifier tous les modèles limouxins du peintre sans trop de difficultés. Et c'est là, toute la force de l'œuvre, l'une des plus belles exposées au musée ; si parfaite dans sa composition, ses couleurs et ses mouvements, qu'elle veut être à elle seule, depuis cent dix-sept ans, le florilège du folklore local.

 

Les modèles

 

 

Le tableau intitulé "Les Blanchisseuses" est si mythique, si adulé, qu'il est devenu au fil des siècles, l'objet de passions effrénées ; si bien que chaque honorable "vrai" limouxin se dit prêt à tendre la main vers la peinture pour jurer et voir le portrait de sa grand-mère ou bisaïeule. Aussi, a-t-il été nécessaire de recueillir des témoignages, nombreux, puis d'effectuer des recherches à caractère généalogique afin de vérifier au moyen des registres de l'État Civil, la plausibilité des âges. Quelquefois d'anciennes photographies jaunies ont contribué à la véracité des dires pour que, enfin, l'identité des modèles de Marie-louise Petiet soit révélée.

 

Mademoiselle Pic

 

Louis Joseph Lagarde, auteur d'une remarquable étude du tableau effectuée en 1948 au cours de sa "125e visite au Musée de Limoux", a signalé que la jeune fille portant un pendentif, vue de profil à l'extrême gauche, est en vérité Mademoiselle Pic, future épouse du sieur Saba. Aucune contestation ne subsiste à son sujet.

Marguerite Joulia

 

Née à Limoux le 28 juin 1865, Marguerite Joulia est âgée de dix-sept ans lorsqu'elle pose, debout, les yeux baissés, tenant un fer à repasser de la main droite. Fille d'André Joulia, plâtrier et de Catherine Azam, couturière, elle épouse Louis Baille, à Limoux le 21 juin 1884.

De son vivant, Madame Demarcy, née Baille Marie-louise, à Limoux, le 8 octobre 1914, déclare : "Dès ma plus tendre enfance, j'ai été amenée au Musée pour admirer le tableau des blanchisseuses, peint par Marie Petiet. Ma grand-mère paternelle y figure bien. Elle a les yeux baissés et tient en main un fer à repasser".

Marguerite Désirée Guiraud

 

Née à Limoux le 5 août 1871, Marguerite Désirée Guiraud est âgée de onze ans lorsqu'elle pose, les avant-bras appuyés sur le rebord de la table, juste devant le verre dans lequel trempe une branche de géranium. Fille de Pierre Guiraud, charron, natif de Preixan et d'Appolonie Gaffé, elle exerce la profession de modiste au moment de son mariage avec le sieur Jean Ricard, à Limoux le 23 février 1895.

De son vivant, Monsieur Jacky Peille, domicilié à Limoux, Rue Lavoisier, époux de Madame Raymonde Peille, Rédacteur à la Mairie de Limoux déclare : "Mademoiselle Marguerite Désirée Guiraud, épouse Ricard, qui a posé pour Marie Petiet et son tableau "Les Blanchisseuses" est ma grand-mère".

 

Elisabeth Marie Homps

 

Née à Limoux le 22 novembre 1865, Elisabeth Marie Homps est âgée de dix-sept ans lorsqu'elle pose, debout, la tête légèrement penchée, le regard enjôleur, portant le fer à la hauteur de sa joue gauche pour s'assurer qu'il n'est point trop chaud. Fille de Paul Henry Homps, menuisier, propriétaire de l'atelier de repassage où se déroule en 1882, la séance d'apprentissage immortalisée par Mademoiselle Petiet, et de Catherine Alquié, elle exerce la profession de couturière au moment de son mariage avec le sieur Jean Baptiste Raynaud, à Limoux le 29 août 1885.

De son vivant Paul Auguste Raynaud, domicilié à Limoux : "Reconnaît sa mère de la façon la plus évidente".

Agnès Élise Sarrazy

 

Née à Espéraza, le 9 mai 1863, Agnès Elise Sarrazy est âgée de dix-neuf ans lorsqu'elle pose, debout, bras tendu appuyé sur la table, à l'écoute de sa camarade. Fille de Prosper Sarrazy, plâtrier, et de Marie Saury, elle exerce la profession de couturière au moment de son mariage avec le sieur Louis Garros à Limoux le 2 août 1884.

De son vivant, Monsieur Louis Garros, domicilié à Limoux, 6, Place du 21 Décembre déclare : "Le modèle aux manches retroussées est bien la femme de mon grand-père qui s'appelait comme moi".

 

Pauline Pondrié

 

Née à Limoux, le 1er novembre 1864, Pauline Pondrié est âgée de dix-huit ans lorsqu'elle pose, debout, la main appuyée sur l'épaule droite de son amie à qui elle semble faire une confidence. Fille de Jean Pondrié, chiffonnier, et de Marie Gouzou, elle épouse Pierre Almayrac à Limoux le 7 juin 1884.

De son vivant, Monsieur Albert Gleizes domicilié à Limoux, 9, Rue du Stade déclare : "Mademoiselle Pauline Pondrié, épouse Almayrac est ma grand-mère. Elle est bien représentée à droite du tableau peint par Marie Petiet".

Elizabeth Astre

 

 

Née à Limoux, le 10 août 1866, Elizabeth Astre est âgée de 16 ans lorsqu'elle pose, debout, vêtue de noir, face aux autres repasseuses. Fille de François Astre, cultivateur, et d'Elizabeth Pouzens, blanchisseuse, elle exerce la profession de couturière au moment de son mariage avec le sieur Pierre Bergnes à Limoux le 7 août 1886.Longtemps décrite à tort comme étant la patronne de l'atelier, en raison notamment de sa posture, Elizabeth Astre enseigne tout au plus à ses camarades les rudiments d'un métier quelle possède déjà quelque peu puisque sa mère est blanchisseuse.

De son vivant, Monsieur Maurice Bergnes, né en 1909, domicilié à Limoux, 5, Promenade du Tivoli déclare : "La personne vêtue de noir, représentée de dos sur le tableau est ma mère. Au moment ou elle est peinte, elle n'est pas encore mariée ; elle est âgée de seize ans".

 

L'Atelier

 

La leçon de repassage, merveilleusement traduite par Marie-louise Petiet est indéniablement une scène vécue qui s'est vraisemblablement déroulée exactement de la manière dont elle est représentée, sans que l'artiste ne fournisse un effort particulier pour en imaginer sa géniale composition.

Le peintre a posé son chevalet et mélangé ses peintures, dans la buanderie ou la blanchisserie de Madame Catherine Alquié, épouse de Monsieur Paul Henry Homps dont la fille Élisabeth Marie a servi d'espiègle modèle. Le local, au sol de terre battue, se trouvait au rez-de-chaussée de l'immeuble situé à Limoux, 37, rue de la Toulzane, compris sous le n° 290 de la section B du plan cadastral de la ville. Il avait été acquis par Monsieur Homps en 1877, moyennant le prix de 2300 francs. Un artisan cordier, Monsieur Jacques Bourrel, ayant réalisé de mauvaises affaires, l'occupait auparavant.

 

© Gérard JEAN

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