Une chronique de Gérard JEAN

 

  Rue Jules Verne  

Lorsque au sortir du week-end ou après un dimanche, les jeunes élèves du collège Joseph Delteil rejoignent les cours en racontant leurs folles Aventures extraordinaires, différentes certainement de celles qu’avait imaginé Jules Verne, ils empruntent le plus souvent la rue dédiée au célèbre romancier. Celle-ci, qui s’accroche à la route départementale 118, l’ancien grand chemin de Carcassonne, par la rue Paul Bert, débouche face à l’établissement scolaire, sur la rue des Etudes. C’était, il y a quelques années seulement, l’artère du quartier de Flassian la plus éloignée du centre-ville ; le pion lui a été damé par l’impasse de la Malepère qui se situe dans la nouvelle zone d’activité industrielle et commerciale du Razès.   

S’il est un nom remarqué, aimé au-dessus de tous, dans la littérature contemporaine, c’est bien celui de Jules Gabriel Verne. Cet écrivain naît à Nantes, dans l’Île Reydeau, le 8 février 1828. Pierre, son père, est avoué ; sa mère, Sophie Allote de la Fuÿe appartient à la petite noblesse Nantaise. Jules a un frère, Paul, et trois sœurs, Anna, Mathilde et Marie. Son enfance est tranquille : sa prétendue fugue, à l’âge de onze ans, sur un bateau en partance pour les Indes, est due à l’imagination un peu trop fertile de certains biographes. En réalité, Jules a souhaité visiter un bateau amarré au port, à l’insu de son équipage, ainsi qu’il le raconte dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse.

 Jules Verne poursuit ses études au collège Saint-Stanislas, puis au collège royal de Nantes. Élève moyen mais appliqué, il obtient son baccalauréat littéraire en 1846 et celui de droit en 1848. Son père l’autorise à terminer ses études de juriste à Paris, où il s’installe. Attiré depuis son enfance par les lettres, la poésie et le théâtre, licencié en droit en 1850, il se lie d’amitié avec les Dumas et réussit à faire présenter au Théâtre Historique qui leur appartient, une comédie : Les Pailles rompues. Il écrit également des récits historiques et des nouvelles qui paraissent dans le Musée des Familles à partir de 1851.

Jules Verne ne souhaite pas rejoindre sa ville natale, il reste dans la capitale où il est secrétaire du Théâtre Lyrique jusqu’en 1854. Il y fait jouer des pièces écrites en collaboration avec Michel Carré. Il rencontre à Amiens, en 1856, une jeune veuve, Honorine Morel, née Fraysse de Viane, qu’il épouse au mois de janvier 1857. Pour faire face à ses nouvelles responsabilités familiales, il accepte un emploi d’agent de change à Paris durant quelques années.

Pierre-Jules Hetzel, éditeur mais aussi écrivain est un républicain fervent,  habile autant qu’intelligent. Exilé à Bruxelles après le coup d’état du 2 décembre 1851, il rentre à Paris en 1860 et s’installe au 18, de la rue Jacob. C’est dans son bureau qu’a lieu la rencontre avec Jules Verne. Le roman que ce dernier lui propose à l’état de manuscrit s’intitule :Voyage en l’air ; le titre modifié par l’éditeur devient : Cinq semaines en ballon. Publiée par Hetzel en janvier 1863, dans une édition non illustrée qui ne s’adresse pas spécialement à un public jeune, cette œuvre marque le début d’une longue collaboration littéraire. Les romans succèdent aux romans, toujours dramatiques, toujours variés, toujours instructifs. Jules Verne signe au fil des années plusieurs contrats avec la maison Hetzel. Il collabore également, à partir du premier numéro, sorti des presses le 20 mars 1864, à la nouvelle revue d’Hetzel pour la jeunesse, le Magasin d’Education et de Récréation.

En 1867, Jules Verne qui adore la mer et les voyages, fait avec son frère, officier de marine, une magnifique traversée de Liverpool à New York à bord du plus célèbre steamer de l’époque : le Great-Eastern. Il décrit ce navire dans son roman : Une ville flottante. Après la guerre de 1870, les Verne se fixent à Amiens où ils louent, quelques années plus tard, la belle demeure de la rue Charles Dubois dans laquelle le romancier écrit un grand nombre de livres.

Jules Verne devance le progrès scientifique. Il se dit : voilà ce qui devrait être ; ou voilà ce qui pourrait être dans quelques années ! Et alors, il bâtit un roman captivant sur une donnée plus ou moins hypothétique, qui sera la réalité de demain. Le Nautilus de Vingt mille lieux sous les mers, est-il autre chose que notre sous-marin nucléaire ? Et Robur le Conquérant ne répond-il pas à cette recherche, jusqu’alors presque infructueuse, du point d’appui nécessaire à la navigation aérienne et n’expose-t-il pas l’avènement du plus lourd que l’air qui marquera, avec l’hélicoptère, l’asservissement de l’atmosphère ?

Des reportages parus dans la presse signalent que le canal de Suez et le tunnel du Mont-Cenis, permettent désormais d’effectuer un voyage autour du monde en moins de trois mois. C’est en lisant ces articles que Jules Verne imagine les aventures de Phileas Fogg et de son domestique Passepartout autour du globe. Le Tour du monde en quatre-vingts jours est publié sous forme de feuilleton en 1872 et devient le plus grand succès de l’auteur. La publication des Voyages extraordinaires se fait à une cadence régulière : Les cinq cents millions de la Bégun, Les Tribulations d’un Chinois en Chine, La Maison à vapeur, La Jangada, Kéraban-le-têtu. Les œuvres de Jules Verne sont traduites dans plus de quatre-vingts langues, de l’anglais à l’italien, du portugais à l’allemand, du hongrois au grec, de l’espagnol au danois, du russe à l’arabe.

Le narrateur des Voyages extraordinaires et de tant d’entreprises surprenantes n’est pas un coureur d’aventures ; sur son yacht à vapeur, le Saint-Michel, il ne pratique guère la navigation au long cours. C’est plutôt un sédentaire, même s’il aime les voyages. De son fauteuil, de sa table de travail chargée de cartes et de documents, sa vive imagination, dont il sait régler l’essor par une discipline méthodique, l’emporte vers de lointains rivages, des îles mystérieuses, des régions inexplorées et bien au-delà du monde terrestre. S’il est des contrées qu’il n’a pas vues, il les devine et sa puissance d’induction, à cet égard, est telle, qu’elle fait l’étonnement des explorateurs.

Le 9 mars 1886, Gaston Verne, neveu de l’écrivain, tire deux coups de revolver sur son oncle au cours d’une crise de folie. Atteint à la jambe, Jules Verne sera boiteux durant le reste de sa vie. En 1888 il ne se rend presque plus à Paris et  entretient des relations épistolaires avec son éditeur. Élu au Conseil municipal d’Amiens, il prend au sérieux ses fonctions et s’intéresse surtout au théâtre ainsi qu’aux forains. Officier de la Légion d’honneur en 1892, Jules Verne est membre de plusieurs institutions comme la Société de Géographie et l’Académie d’Amiens, dont il devient le directeur.

« C’est au charme du style que je tiens le plus, et mon regret est de n’avoir pas toujours réussi à cet égard » écrit Jules Verne dans une lettre destinée à un journaliste. N’ayant jamais été reçu à l’Académie Française, malgré le soutien d’Alexandre Dumas, il est conscient de ne pas occuper dans la littérature la place qu’il mérite. En 1900, les Verne quittent la belle demeure de la rue Charles Dubois pour retourner dans une maison plus modeste qu’ils avaient déjà habitée auparavant. Jules Verne continue à travailler jusqu’en 1904, malgré la cataracte et le diabète qui l’emporte. Il meurt à Amiens le 24 mars 1905. Son décès est commenté par les journaux du monde entier et son enterrement au cimetière de la Madeleine est solennel. On raconte qu’à la sépulture un étranger, coiffé d’une casquette, vêtu d’un costume à carreaux semblable à celui de Phileas Fogg, suivit avec une émotion non dissimulée le service funèbre et alla s’incliner, sans dire son nom, devant la famille en deuil. Il apportait au génial romancier l’hommage de l’admiration de millions de lecteurs inconnus.

Les œuvres de Jules Verne, en s’accumulant, ont formé une énorme collection. Pourquoi donc recenser les titres ? La liste n’est-elle pas inscrite, pour ainsi dire, dans la mémoire de toutes les générations ? N’ont-elles pas fourni, ne continuent-elles pas de fournir à la jeunesse le gros contingent des livres de prix et d’étrennes ; n’ont-elles pas toujours des millions de lecteurs ? 

 ©  Gérard JEAN

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