Une chronique de Gérard JEAN

       Chemin des Baous

C'est l'approche du printemps ; je vous invite à poursuivre votre promenade, vers le vieux domaine des Pradals à l'est de Limoux. Nous venons d'abandonner l'avenue André Chénier, nous avons emprunté, à droite, la rue Maréchal Joffre et tout en haut, déjà dans la campagne, nous accédons au débouché du Chemin de Baous. Mais avant de poursuivre et découvrir l'un des paysages les mieux préservés, acceptez, quelques notions de toponymie ; car l'appellation curieuse de la sente, mi goudronnée, mi empierrée, mais toujours carrossable, que nous allons suivre sur une distance avoisinant les deux mille mètres, mérite une explication.

Le mot Baou - dont la graphie s'est substituée à celle de Bau, parce que le français ne diphtongue pas le groupe "au" - provient de la racine Bal (hauteur, rocher) que le méridional transforme en Baus dans le sens de rochers escarpés, falaises. Ainsi, Frédéric Mistral, dans son dictionnaire provençal, avance plusieurs définitions, qui toutes, correspondent à la notion de terrain tourmenté, raboteux, de promontoires, de dépressions parfois ; alors que Boucoiran, auteur du xixe siècle, va plus loin dans son dictionnaire des Idiomes Méridionaux ; pour lui, les Baous, ce sont des précipices, des rochers escarpés, et même des abîmes.

Les Baous, peuvent être aussi des excavations circulaires ou ovales, comme celles trouvées sur les plateaux calcaires en Rouergue, quelquefois des rochers à pic, des côtes escarpées, des gorges, mais d'une manière générale, il s'agit toujours de terrains montueux, inégaux, coupés de collines.

Antonin Bedos, auteur en 1906, d'une étude sur "Les origines et les significations de quelques noms fréquents de la région des Corbières", glisse dans le même sac, et donne la même signification aux Baous, Baux, Baus, Bals, Bauç et autres Balç. Il nous renseigne par exemple sur le ruisseau des Baux, au pied du Cardou, sur le territoire de la commune de Serres, tandis que le chanoine Sabarthès signale dans son "Dictionnaire topographique de l'Aude", "Le Baus" (Ad Baucium), comme étant un lieu-dit de la commune de Magrie ; "Les Bals", comme étant un ruisseau et une mine de cuivre situés à Vendémies.

 Après cette digression, poursuivons maintenant notre promenade et revenons sur le chemin de Baous à Limoux. Nous venons de passer devant les anciens bâtiments religieux qui appartenaient aux Frères de l'Institution Agricole Saint-Joseph, nous laissons les derniers vignobles facilement accessibles ainsi que le petit sentier conduisant aux importantes installations de l'Électricité de France et maintenant, effectivement, le paysage Méditerranéen devient tourmenté, anormalement chaotique par rapport à celui que nous connaissons dans notre région. De la vigne, quelques souches séculaires à la recherche d'une terre trop maigre, de-ci, trois figuiers torturés, de-là, quelques cyprès et l'ombre d'une cabane aux murs teintés par le bleu cuprique des traitements vinicoles.

Nous longeons le ruisseau de Marceille, qui coule tout en bas, au fond de la combe jusqu'à son point de jonction avec le filet d'eau de Ninaute ; ne vous trompez pas, il sait grossir pour devenir fort désagréable. Nous retrouvons les baous de Frédéric Mistral, les dépressions terrestres et toutes proportions gardées, le petit précipice ou l'abîme du linguiste Boucoiran. Voilà un croisement vicinal : si vous le franchissez, vous empruntez le chemin de Laux conduisant au domaine du même nom ; si vous tournez à droite, vous rejoignez l'ancienne ferme fortifiée de Ninaute, aujourd'hui transformée en centre de séjour et de loisirs ; si vous tournez à gauche, vous parvenez au chemin de Carliqui sur lequel nous reviendrons bientôt.

Ô, revenez sur vos pas, la vue générale de Limoux est splendide, à vos pieds le vignoble est partout, vous êtes aux environs de 220 mètres d'altitude et vous voyez au loin les sommets couverts de genêts ou de thym mauve ; c'est la ligne de crête des Pyrénées.

©  Gérard JEAN

 

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