Une chronique de Gérard JEAN

Rue du colonel Lucien Maury

 

Lorsqu'il commandait le maquis de Picaussel, on le connaissait dans l'ombre des forêts, sous le pseudonyme de Franck. Puis, lorsque le territoire national fut libéré des troupes d'invasion allemandes et que la paix fut enfin retrouvée, ce fut à nouveau Lucien Maury, mais il resta sous les armes.

C'était indéniablement un militaire et à ce titre, il aurait affectionné la rue dont il est le parrain, puisque elle se trouve en première ligne, face au front, à quelques mètres seulement des limites territoriales de la ville. C'est la défense la plus avancée à l'est de la commune, le dernier bastion de douze habitations avant de quitter Limoux en direction de Saint-Polycarpe et pour ne pas que l'ennemi puisse surprendre son arrière, elle est en cul-de-sac. La rue du colonel Lucien Maury, dénommée en 1995, dessert la partie haute du lotissement "Les Berges de l'Aude" réalisé par le Groupe Marcou à l'extrémité de l'avenue des Corbières ; on y accède par la rue Pierre Constans.

L'ariégeois Lucien Maury naît à Foix le 5 janvier 1915 au cours du premier grand conflit mondial. Brillant élève, il se destine à l'Enseignement pour lequel il est formé à l'École Normale d'instituteurs de Carcassonne ainsi qu'à l'École Normale de Toulouse où il prépare le professorat de lettres. Mais la guerre de 1939-1945 et la Résistance vont infléchir sa première vocation et le pousser vers la carrière des armes.

Après s'être distingué au mois de juin 1940 sur le plateau de Bazoches où il recueille sa première citation à la tête d'une section de mitrailleuses appartenant au 22e Bataillon de Chasseurs Alpins, il est fait prisonnier puis s'évade.

Chef du maquis de Picaussel, il s'engage dans les rangs de la 1ère Armée Française et participe à la campagne d'Alsace et d'Allemagne en 1944-1945 avec le 23e Régiment d'Infanterie Coloniale et le 81e Régiment d'Infanterie. Intégré dans l'Armée active après l'armistice du 8 Mai 1945, il sert dans les unités d'élites  avec le grade de commandant de compagnie à la Légion Étrangère au Tonkin, puis avec les parachutistes du 1er Bataillon de choc, en Algérie.

Officier de la Légion d'Honneur en 1961, titulaire de la Croix de guerre 39-45 avec palme, de la Croix de guerre TOE avec palme, de la Valeur militaire, de sept citations dont deux à l'ordre de l'Armée, médaillé des Évadés, médaillé de la Résistance, Lucien Maury, blessé en service commandé, termine sa carrière de soldat dans la troupe pour en commencer une seconde en 1960 comme officier d'État-majo,r où là encore, il démontre sa valeur.

Chef de la section organisation du 3e Bureau du Corps d'Armée de Constantine, Chef du 4e Bureau de l'État-major de la Ve Région Militaire à Toulouse en 1966-1967, puis de la 44e Division Militaire, il couronne sa carrière, comme colonel, à l'État-major de l'Armée de terre au Ministère d'État chargé de la Défense Nationale à Paris.

Artiste peintre dans l'âme, le colonel Lucien Maury n'est pas inconnu des salons parisiens ; n'a-t-il pas obtenu en 1968 le premier prix du salon de l'Armée ? Il expose par ailleurs régulièrement à Toulouse au salon des artistes occitans et demeure sociétaire des Artistes Français à Paris. Après 1972, au terme de sa vie professionnelle, il revient à sa première vocation ; diplômé de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, il écrit "Le Maquis de Picaussel" et, en 1980, une "Histoire de la Résistance Audoise" en deux volumes, couronnée par l'Académie Française.

Le grade de Commandeur de la Légion d'Honneur, vient sanctionner, le 17 février 1984, les divers titres acquis par le Colonel Lucien Maury dans la conjugaison harmonieuse de ses deux vies, militaire et civile : Secrétaire général du Comité d'Histoire de la Résistance dans l'Aude, Vice-Président départemental de Rhin et Danube, Président des Combattants Volontaires de la Résistance de la Haute-Vallée de l'Aude.

Le capitaine, maquisard de l'Armée secrète ; l'officier supérieur de l'Armée française ; celui qui a prêté son nom pour que soit mieux signalée une artère de la ville de Limoux, décède dans un hôpital toulousain, le 9 janvier 1989, à l'âge de soixante-quatorze ans.

 

©  Gérard JEAN

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