Une chronique de Gérard JEAN

  Avenue du 1er Mai  

 

C'était le chemin des curés. Un vrai sentier, avec des ornières, bien calme et sans issue, qui ne conduisait même pas à la maison du garde-barrière. On ne pouvait toutefois y courir facilement le guilledou[1] car les religieuses de l'asile des aliénés  en avaient fait un lieu de sortie et dans le calme du soir, on y rencontrait trop souvent un promeneur débonnaire, butant parfois sur un caillou, qui allait, à pas lents, marmonnant son bréviaire. La voie ferrée, la vigne et de vieux oliviers, telle était sa grande ambition. Les enfants saluaient poliment notre bon curé de l'Aragou qui venait y réciter ses prières, avant de courir vers le pont ; car s'était une joie bien réelle de se laisser envelopper par les volutes blancs de la grosse locomotive. Le chemin s'animait bien mieux au moment des vendanges lorsque les trains familiers se croisaient à la gare, apportant de Cépie, de Belvèze ou d'Alet, les jeunes gens heureux, attendus par une longue charrette, encombrée de comportes vides, tiré par une paire de bœufs.  

On aime depuis longtemps à Limoux baptiser les nouvelles rues en utilisant des appellations redondantes, c'est devenu une tradition ; une particularité dont s'amusent les visiteurs, mais fort déplaisante pour les préposés de la poste. Dans le nouveau lotissement qui venait d'être construit, on avait dénommé, la rue des amandiers, puis l'impasse des amandiers ; pourquoi de pas donner à l'ancien Chemin des curés, un nom original, l'avenue des Amandiers par exemple ! Et le désordre survint, inattendu, si bien que le Conseil municipal délibéra le 5 février 1970, au cours du mandat de M. François Clamens, pour accepter une proposition de la commission de la voirie soucieuse d'une plus grande clarté. Nous avons depuis, l'Avenue du 1er Mai.   

Il est peut être intéressant de rappeler, à l'occasion, la signification de cette date. Le Premier Mai est une fête légale en France ; c'est même le seul jour férié pendant lequel le repos est obligatoire. L'origine de la commémoration remonte à 1884. A l'occasion du IVe congrès des "Trade Unions" à Chicago, aux Etats-Unis, on s'accorda pour fixer à huit heures la durée de la journée de travail ce qui provoqua de nombreuses manifestations dans tout le pays, entre 1886 et 1889, visant à obtenir l'application de cette décision. En 1889, d'après le modèle américain, le Congrès international socialiste de Paris adopta le 1er Mai et le choisit comme jour de revendication des travailleurs ; une grande manifestation nationale eut lieu pour demander la journée de huit heures. Dès 1890, l'idée d'une "Fête du Travail" fut associée à cette revendication. Le 1er Mai est fêté chaque année depuis 1892. L'églantine puis le muguet apparurent quant à eux vers 1900. En France, la journée de huit heures ne fut obtenue, après bien des conflits, qu'en 1919 ; il fallut toutefois attendre 1941 pour que le 1er Mai sont consacré "Fête du Travail et de la Concorde sociale" et 1947 pour que ce jour soit chômé et payé intégralement à tous les travailleurs[2].

Dès 1793, une "Fête du Travail", fixée le 1er pluviôse avait été instituée pendant quelques années, par "notre compatriote", Fabre d'Eglantine que nous aurons un jour l'occasion d'évoquer puisqu'une rue de Limoux porte son nom.

Aujourd'hui, l'Avenue du 1er Mai prend naissance à l'extrémité de la rue Notre-Dame du Rosaire, après le pont de Monte-Christo qui enjambe la ligne de chemin de fer reliant Carcassonne à Quillan. Elle débouche sur l'Avenue André Chénier et le Chemin départemental n° 104 conduisant à Pieusse au niveau du passage à niveau automatique. Longue d'environ 1000 mètres, elle est bordée, seulement du côté des numéros pairs de soixante-huit villas et dessert successivement, du nord au sud, la rue Denfert-Rochereau, la rue des Amandiers, l'impasse des Amandiers, la rue des Cerisiers, la rue des Pruniers ainsi que le chemin des Muguets. Elle surplombe, sur toute sa longueur la voie ferrée. Du côté Est, se trouvent les ateliers protégés du Centre d'Evaluation des Ressources Sociales, aux activités multiples : ferronnerie, plomberie, maçonnerie, menuiserie, espaces verts ; le complexe Monte-Christo, comprenant un terrain de sport à surface stabilisée et une salle polyvalente ; un bureau décentralisé utilisé pour l'administration de l'Association Audoise Sociale et Médicale ; enfin, tout au bout, un artisan chauffagiste tient pignon.

©  Gérard JEAN


[1]  - Choix de poèmes de ma retraite à Limoux, Théophile Gibert

[2]  - Premier Mai, Encyclopédie Microsoft Encarta, 1999

      

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