Une chronique de Gérard JEAN

 Rue du général Lapasset

 

La rue du Général Lapasset est une petite voie sans issue - encore une - qui a été baptisée pour honorer la mémoire d'un valeureux et grand militaire. Elle débouche sur l'Avenue Fabre d'Eglantine, presque en face de notre Lycée Sadi Carnot dont le nom tombe peu à peu en désuétude ou en disgrâce. A l'opposé, elle pénètre, sur cent mètres et en montant, à l'intérieur du Lotissement Dégua portant le nom de l'ancien propriétaire des terres. C'est une rue, paraît-il tranquille appelée à desservir seulement treize habitations résidentielles ainsi que les dépendances du confiseur Bor. Son étude étymologique ne présente aucun intérêt particulier, sinon celui de mieux faire connaître ce Lapasset dont on dit tant de bien.

Ferdinand Auguste Lapasset naît à Saint-Martin-de-Ré, dans le département de la Charente-Inférieure,  le 29 juillet de l'an mille huit cent dix-sept alors que son père, Bernard, chevalier de la Légion d'honneur est  un jeune capitaine aide de camp de 33 ans. De sa venue au monde jusqu'à son décès, survenu à Toulouse (Haute-Garonne), le 16 septembre 1875, Ferdinand Auguste ne cessera d'être entouré de militaires comme par exemple, le baron Louis Dordonneau, maréchal de camp, commandant supérieur de l'Ile de Ré, ou encore Louis Dubreton, colonel, ex-lieutenant du Roi qui déclarent sa naissance.

Le général Lapasset, grand officier de la Légion d'honneur, commandeur du Nichan de Tunis, commandant à Toulouse la 34ème division d'infanterie s'éteint à l'âge de 58 ans à son Quartier Général de la rue Duranti.

C'est un enfant de l'Aude qui aime bien Limoux, même s'il en est resté longtemps éloigné, car sa famille y est établie. Le 9 septembre 1841, Ferdinand Lapasset, lieutenant d'Etat-Major se trouve en convalescence dans notre ville lorsque Pierre Tisseyre, dit Jordy, plâtrier de son état, chef des pompes à bras utilisables en cas d'incendie, bat le rappel et fait sonner le tocsin. Le feu s'est déclaré à la Gendarmerie Nationale, alors située, rue Bourrerie, au numéro 9. Le corps de sapeurs-pompiers n'existe pas ; l'incendie fait rage, la maison Galy va bientôt brûler, les pâtés d'immeubles voisins sont très sérieusement menacés. Le maire, Louis Auguste Alexis Peyre fait tout son possible pour organiser les secours avec les conseils du fils Aulard, dit Biasso, ancien soldat du génie, de Louis Désarnaud, ancien gendarme et le concours des soldats du 56ème régiment de ligne en garnison dans nos murs. Heureusement, le lieutenant Lapasset prévenu, fait preuve d'un esprit d'initiative hors mesure ; au mépris du danger et des risques importants d'asphyxie, il dégage les chevaux, coordonne l'action des hommes valides volontaires, donne l'exemple avec un exceptionnel sang-froid dont les anciens ont longtemps parlé et parvient finalement à sauver des flammes une partie de la ville.

Le 16 août 1870, à la bataille de Gravelotte, Lapasset reste seul en ligne de tout un corps d'armée avec sa brigade mixte ; il maintient notre extrême gauche contre des forces supérieures, de 9 heures du matin à minuit, malgré une perte de 45 officiers et de 859 hommes de troupes. A deux reprises, les Prussiens sont sur le point d'enlever les 84ème et 97ème régiments de ligne ; le général met l'épée à la main et, faisant battre la charge, il s'élance à la tête de ses soldats, contribuant puissamment à mettre en échec le général Steinmetz qui ne peut couper notre armée. Pour ce fait glorieux, Ferdinand Lapasset fut cité dans le bulletin de la bataille, mais il eut la douleur d'y perdre son frère, chef de bataillon au 32ème régiment de ligne. Tout le monde connaît ces belles paroles du général déclamées pour se faire jour, l'épée à la main, à travers les lignes ennemies : "Nous sommes la dernière armée française, monsieur le Maréchal et, si nous devons succomber, il faut que la postérité se découvre devant nous".  

L'affaire des drapeaux  

 

Le 27 octobre 1870, Lapasset reçoit l'ordre, ainsi que tous les officiers généraux, soit cinquante au total, de rassembler les drapeaux de sa brigade et de les remettre à l'arsenal de Metz où ils seront brûlés. Pensant à juste raison d'ailleurs, que le maréchal Bazaine livrera les étendards, Lapasset refuse d'obéir pour la première fois de sa vie militaire ; il rassemble les chefs de corps et les officiers d'Etat-Major de sa brigade et fait procéder devant les troupes à leur destruction par le feu. Il écrit ensuite à son supérieur, le général en chef Frossard "La brigade mixte ne rend ses drapeaux à personne et ne se repose sur personne de la triste mission de les brûler ; elle l'a accomplie elle-même ce matin. J'ai entre mes mains les procès-verbaux constatant cette lugubre mission".

C'est épisode, est particulièrement connu des Limouxins qui ont en permanence, sous les yeux, au Musée Petiet, l'œuvre magistrale du peintre Etienne Dujardin-Beaumetz. Au milieu de ses troupes, devant les murs d'enceinte de la forteresse, face à la cathédrale de Metz, sur la lisière de la plaine immense, le Général Ferdinand Auguste Lapasset se tient debout, triste et muet, en avant de ses officiers et face à la garde d'honneur qui baïonnette au canon, va saluer les drapeaux pour la dernière fois.

©  Gérard JEAN

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