Une chronique de Gérard JEAN

         Rue Sécondino Fiorio

La dernière rue baptisée par notre conseil municipal, au cours de sa délibération du 10 décembre 2001 porte l’éloge du travail, de la réussite professionnelle exemplaire d’un immigré Italien, venu pauvre à Limoux afin d’y bâtir un empire et laisser à sa ville d’adoption, pour cent ans, un incommensurable héritage ainsi que la prospérité économique. La France l’accueille, enfant, dans le sillage de Garibaldi ; elle lui procure une musette, une truelle, quelques piètres outils et le donne à la ville de Limoux pour qu’il vienne au secours de ses vignerons, ruinés par la terrible crise viticole de 1907. Il y parvient ; pousse au labeur plusieurs centaines de familles, conduit la richesse dans notre région et finalement laisse à ses enfants Georges et Henri les fondements  d’un consortium à vocation internationale dont le siège social et les bureaux se trouvaient, près du pont de France.

La rue Sécondino Fiorio, longe les anciens immenses entrepôts de l’entreprise, occupés aujourd’hui par les services techniques de la ville de Limoux et le bureau annexe de la Poste ; elle relie l’avenue du Languedoc à la rue des Etudes, entre le terrain de jeu de boules du quartier et l’école maternelle de Flassian.    

Celui qui a prêté son nom, le parrain, est né à Broglio, en Italie, le 11 juillet 1879 ; il arrive en France à l’âge de trois ans avec ses parents qui s’installent dans la Région de Grenoble. D’abord peintre en bâtiment, spécialisé dans la réalisation de fresques, il vient à Lézignan-Corbières pour y créer, avec quelques membres de sa famille, une petite entreprise qui excelle rapidement dans la construction de grottes artificielles, comme celles de Ginoles, ou l’imitation en ciment de troncs d’arbres et de branchages, une technique qui va largement contribuer à le rendre populaire au début du XXe siècle.

Maçon, il se rend fréquemment à Limoux pour se ravitailler en tuiles chez M. Guiraud, exploitant d’une briqueterie déjà renommée, située route de Chalabre, sur l’emplacement de l’ancienne usine à chaux aujourd’hui détruite. Bien évidemment, il fait la connaissance d’Honorine, la fille de l’entrepreneur et trois enfants vont naître du mariage ; Lina, puis Georges (1908) et Henri (1911). Après le grand conflit mondial de 1914-1918 dans lequel il combat, Sécondino Fiorio, naturalisé Français, revient dans ses Corbières d’adoption. Il obtient la succession de la prospère entreprise de son beau-père, la développe encore, avant de la transporter route de Pieusse, où il crée en 1919, la Briqueterie et Tuilerie du Languedoc. On lui doit, en particulier, la construction traditionnelle de très nombreuses villas, celle des usines de chapeaux à Espéraza (Aude), de l’hôpital psychiatrique de Limoux et une superbe réalisation de l’époque : le théâtre municipal de Carcassonne.

Sécondino Fiorio, appelé familièrement « Segondin », est décrit comme un homme très courtois, d’une grande bonté qui rejoignait sa tuilerie à bord d’une petite « Simca » en saluant tous ses amis de Pieusse, qui à pied ou à bicyclette, venaient travailler à Limoux. Avant son décès, survenu dans cette ville le 5 mai 1950, Sécondino Fiorio faisait partie de la Fédération Nationale des Entrepreneurs en bâtiment, il administrait les fabricants de tuiles et briques et jugeait au Tribunal de Commerce de Limoux. C’est finalement le fondateur de l’entreprise Fiorio, à qui ses fils, Henri et surtout l’aîné Georges. donneront une réputation mondiale. 

Georges Fiorio naît à Limoux, le 11 septembre 1908. Ingénieur de l’école centrale des arts et manufactures, il fonde sa famille avec Melle Marie Lasserre, originaire de Chalabre, fille d’un industriel chapelier de Quillan, dont il a trois enfants : Jacques, Michèle, Hélène. Au décès de son père, en 1950, il accède à la présidence de la « Briqueterie et Tuilerie du Languedoc » qu’il dirige avec son frère Henri jusqu’en 1978 ; date où il passe la main à son propre fils aîné Jacques. Homme de dialogue, profondément croyant, grand gestionnaire, estimé par la plupart de ses interlocuteurs, et généralement par l’ensemble de son personnel, il œuvre inlassablement pour la prospérité de son entreprise et l’économie de la ville de Limoux où il est né. Avec M. Camus, spécialiste du béton dans le Nord, il est en France, l’un des premiers à innover dans les procédés individuels de construction et invente une technique révolutionnaire de préfabrication avec l’utilisation de la terre cuite. Les brevets et licences qu’il dépose alors, lui permettent de donner à l’entreprise paternelle une dimension internationale et de créer le « Groupement des Entreprises licenciées Fiorio » dont l’essaimage sera mondial. Dans l’intimité de son foyer, il reçoit, en mécène, des Prix de Rome, peintres ou sculpteurs, et entretient même une correspondance suivie avec des maîtres de l’art, tel Fujita. C’est un fin musicien, passionné de piano et un artiste peintre de talent qui reçoit de nombreux prix et distinction dans la capitale, où souvent il participe au Salon des artistes indépendants en présentant une éclectique et fort prisée palette de paysages d’automne en terre audoise. Georges Fiorio occupe des fonctions dominantes au sein de la Fédération Nationale des Entrepreneurs ainsi que dans celle des Tuiles et Briques et comme son père, il juge au Tribunal de Commerce de Limoux. C’est aussi l’animateur infatigable d’organismes venus au secours de l’enfance inadaptée, tant dans l’Aude qu’à Montpellier, pour lesquels il se dévoue avec cœur et générosité. Il abandonne toutes responsabilités au sein de l’entreprise Fiorio en 1980, mais atteint d’une affection cardiaque, il succombe à Carcassonne, le 10 octobre 1981.

 

 

©  Gérard JEAN

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