Une chronique de Gérard JEAN

      Rue du maquis Faïta

Orientée nord-sud, cette courte voie récente dessert une douzaine de maisons. Attachée à l'Avenue des Corbières, elle semble vouloir conduire directement au fleuve mais son tracé incline brusquement vers la gauche et se termine en un large cul-de-sac.

De cette rue, on rejoint rapidement les limites territoriales de la ville et l'on prend la direction de Saint-Polycarpe.

Dénommée "Rue du Maquis Fayta" au cours de la séance du Conseil municipal du 7 juillet 1977, sous la municipalité de Robert Badoc, elle fait partie d'un petit lotissement édifié par la société promotrice "La Maison audoise".

Un quart de siècle après le baptême, son nom propre, mal orthographié, n'a pas été corrigé.

Bien qu'elle connaisse déjà au moins un fait divers sordide, elle est encore jeune pour conter d'extraordinaires histoires, cependant, elle permet d'évoquer l'un de nos grands patriotes ainsi que les hauts faits de la Résistance ou encore ceux des libérateurs de Limoux.  

Le héros martyr  

 

Vinicio Faïta est né à La Spezzia, en Italie, le six mai mil neuf cent dix huit. C'est le fils de Maria Dotta et de Guglielmo[1], un militant antifasciste qui a dû fuir avec les siens les persécutions des chemises noires de Mussolini. Adolescent, il adhère, en 1934, aux Jeunesses  Communistes et rencontre à la cellule Saint-Just du quartier Malpassé à Marseille où il demeure, un garçon de son âge : Jean Auguste Robert. 

En 1939, lorsque le Parti Communiste est interdit, quand ses responsables et ses militants les plus actifs sont jetés dans des camps ou astreints à résidence, Vinicio Faïta, qui a foi en son parti, continue de militer activement : déjà dans la clandestinité.

Il sera l'un des pionniers de la Résistance dans le midi de la France, l'un des quatre membres du premier groupe des Francs Tireurs Partisans de la zone Sud, fondé au mois de mai 1942, avec Edo Faïta dit Bernard son frère cadet, Etienne Dals et Jean Robert[2].

Le mercredi 2 mars 1943, en gare de Nîmes, Faïta est interpellé par deux inspecteurs qui souhaitent le soumettre à un banal contrôle de routine et le conduire au commissariat pour une vérification d'identité. Chemin faisant, il réfléchit au moyen de s'échapper car il redoute une fouille possible et la découverte de son revolver. Arrivé escorté Place de la Salamandre, il tente de s'expliquer mais les policiers font la sourde oreille. Pour les effrayer, il sort son pistolet et les menace. Les deux hommes  font mine de se jeter sur lui, Vinicio tire, blesse l'un d'eux, et prend la fuite.

Dénoncé par un entrepreneur de maçonnerie, croix de feu et collaborateur notoire, arrêté, torturé par les tortionnaires marseillais de la Section des Affaires Politiques, Faïta est finalement écroué.

Jugé le 29 mars 1943 par la Section spéciale de la Cour d'Appel de Nîmes instituée par la loi du 14 août 1941 devant laquelle sont déférés les auteurs de toutes infractions pénales, quelles qu'elles soient, commises au cours d'activités communistes ou anarchistes,   Vinicio Faïta défendu par l'avocat Maurice Delran est condamné à mort puis guillotiné le vingt deux avril mil neuf cent quarante trois à Nîmes, 1, Boulevard des Arènes.     

Le maquis

 

Pendant ce temps, dans l'Aude, à Montjardin exactement, un groupuscule de patriotes, qui forme le camp Gabriel Péri et combat l'envahisseur, dans l'ombre, sans autre arme que sa volonté de résistance va prendre le nom du supplicié qui n'est pas tombé sous le coup des balles allemandes comme on l'a trop vite annoncé mais a été exécuté en territoire occupé par la justice aveugle de l'Etat français.

Camp Faïta ; c'est l'hommage et la nouvelle dénomination du jeune maquis des Francs Tireurs Partisans qui subsiste dans des conditions de vie atroces.

Les soldats allemands, conduits par des miliciens vont exercer de terribles représailles et pourchasser impitoyablement, sans répit, ceux que certains appellent alors "Les bandits".

Les hommes du maquis Faïta doivent à tout moment choisir un autre refuge sans pour autant abandonner leurs coups de mains audacieux. On les retrouve à Peyrefitte, puis aux environs de Puivert, à Buc, à Belcastel, à  Courtauly aussi, où ils subissent une lourde perte. Les survivants réussissent à décrocher et se replient sur Gueytes. Attaqués encore, ils reforment leurs rangs à Salvezines puis fusionnent avec  ceux du maquis Jean Robert et pénètrent dans Limoux libéré des troupes d'occupation allemandes, le 19 août 1944[3].

©  Gérard JEAN


[1]  - Registre de l'Etat Civil – Mairie de Nîmes (Gard)

[2]  - Au temps des longues nuits, Ateliers Henri Peladan, Uzès, 1969,  Aimé Vielzeuf.

[3]  - Libération, organe du Comité local de la libération nationale, hebdomadaire paraissant à Limoux, 17 septembre 1944.

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