Une chronique de Gérard JEAN

     Rue Ito Donati

C'est vrai, un peu nauséabonde parfois, elle était bien pratique et fréquentée, principalement le vendredi, jour de marché.

D'après les relevés les plus anciens dont nous disposons, nous savons qu'elle permettait de quitter la Rue Grammatique afin de rejoindre la Rue del Bourguet Neuf au niveau d'un grand déversoir à ciel ouvert qui réceptionnait les eaux usées et autres immondices odorants.

Elle fut pour cette raison dénommée "Rue de l'Egout" vers la moitié du 19e siècle.

Longue d'une centaine de mètres, elle coupait presque perpendiculairement et successivement, les Rues des Augustins, de la Trinité et de la Bladerie.

Plus tard, lorsque l'on aura réceptionné les détritus dans une fosse maçonnée et couverte, aujourd'hui encore discrètement visible, elle perdra son qualificatif peu engageant et prendra le nom de "Rue traversière du Palais".

C'est alors un endroit prisé. L'enseigne peinte et encore parfaitement conservée de la "Société Générale" occupe à droite la partie ouest, tandis que l'ancienne et célèbre fabrique de nougats "Labadie", démolie le 13 février 1995 dans le but de permettre la création d'un hypothétique parking, s'est positionnée à droite et à gauche de l'extrémité est, avec sa fabrique, ses magasins et ses entrepôts.

Après les tragiques événements de la seconde guerre mondiale, le Maire Ernest Thébaut, ancien Président du Comité local de la libération, décide en date du 24 juillet 1945 avec son Conseil, de changer la dénomination d'un certain nombre de rues afin de perpétuer le souvenir des jeunes gens de la ville, volontaires du maquis ou du front, Morts pour la France.

Ainsi avons nous aujourd'hui l'artère connue sous le qualificatif de "Rue Ito Donati" ce qui va nous conduire à mieux cerner la personnalité de ce héros.

Le jeune enfant, Attilio Jean Donaty, né le 10 septembre 1920 à Montebello, dans la Province lombarde, de son père Jean et de sa mère Adda Fraccaroli, avait quitté son Italie natale à l'âge de quatre ans accompagné de ses parents et rejoint notre Pays, vraisemblablement avec l'intention de suivre l'exemple du Général Garibaldi qui avait formé une légion italienne pour servir la France dans laquelle combattirent ses six fils.

Rien ni personne, sinon le destin, ne pouvait obliger quelques années plus tard ce jeune homme de vingt-quatre ans à prendre les armes au sein du Maquis Faïta pour défendre la terre qui l'avait accueilli.

Mais rapidement, sa clairvoyance, la fougue de la jeunesse, sa vive intelligence surtout, lui permirent d'être nommé par ses camarades clandestins "Lieutenant des Forces Françaises de l'Intérieur".

"Ito Donati" fut le surnom choisi pour les périlleuses missions de la résistance.

Le vendredi 28 juillet 1944, peu avant onze heures, le petit village isolé de Lairière était quasiment désert car les quelques habitants s'étaient réunis dans l'église communale pour assister aux obsèques de la dame Albertine Berlendis.

Il n'y aura de ce fait aucun témoin visuel direct du drame reconstitué.

De l'extérieur, on n'entendait plus la longue et sinistre sonnerie du glas ; le curé officiait, lorsque soudain le calme du recueillement fut troublé par les tirs nourris d'une fusillade proche.

L'équipe de commandement du Maquis Faïta formée du Lieutenant Attilio Jean Donaty, du Lieutenant Joseph Alcantara, du Lieutenant André Riffaut, de l'Adjudant Gaston Auguste Prat, tous membres des Forces Françaises de l'intérieur, revenaient d'une réunion d'Etat Major de la Résistance qui avait eu lieu du côté de Mouthoumet et s'était arrêtée vers 10 heures au village de Montjoi, chez Madame Jeanne Busquet afin de s'entretenir avec l'instituteur qui fournissait habituellement des renseignements aux clandestins.

Ayant repris la route au volant du véhicule de commandement, une puissante automobile Ford V8, ils négociaient, à un kilomètre de Lairière, un virage difficile, très serré, en épingle, aujourd'hui aménagé, lorsqu'ils  essuyèrent les coups de feu provenant de fusils mitrailleurs mis en position par un fort détachement de soldats allemands.

Les hommes essayèrent de s'échapper ; hélas, le ravin qui pouvait couvrir leur fuite était abrupt et profond ; trois furent tués sur le coup ou achevés à coups de crosse ; le quatrième, l'Adjudant André Riffaud, blessé, fut conduit au siège de la Gestapo à Carcassonne et torturé.

La rumeur publique est constante : la trahison est le fait de la Milice française.

La municipalité de Limoux délibérant le 24 juillet 1945 avait souhaité rappeler aux générations futures l'époque historique de la libération.

Implicitement, elle avait aussi désiré que les rues nouvellement nommées en conséquence, soient situées le plus près possible du domicile des jeunes héros.

Attilio Jean Donaty alias "Ito Donati" habitait 10, Rue Jean Jaurès ; sa mémoire est perpétuée là où il avait connu un bonheur d'enfant.

©  Gérard JEAN

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