Une chronique de Gérard JEAN

     Place du 21 Décembre

En est-il une de contemporaine, aussi mystérieuse et à la signification aussi déroutante ? A-t-on oublié d'indiquer pour cette place le millésime qui ne forcerait pas tous les jours vos invités, à s'interroger sur le pourquoi de ce 21 Décembre ? Les touristes, les plus férus d'histoire, les plus chevronnés en matière de chronologie évènementielle s'arrêtent, toujours perplexes, devant notre énigmatique plaque indicatrice bleue et jamais elle ne se livre.

Je sais, dit un Limouxin qui se targue d'un récent voyage en Norvège : "Dans cette contrée de la péninsule scandinave, les femmes ont pour la première fois participé aux élections communales de leur pays, le 21 décembre 1901". Mais enfin, cher ami ! Pourquoi voulez vous que l'on commémore chez nous, de façon  ostentatoire, la politique d'avant-garde d'une nation si éloignée ? "Le 21 décembre 1903, c'est en France, la date d'attribution du premier prix Goncourt décerné à Eugène Torquet, dit John-Antoine Nau, pour son roman Force ennemie". Ah, ah, ah, réplique le porte-drapeau des anciens combattants, dont la veste se déforme sous le poids de quarante médailles commémoratives ; vous moquez-vous, messieurs ?  "Le 21 décembre 1958, le Général de Gaulle est élu Président de la République française, ne vous en déplaise".

Allez lecteur, je mets un terme à votre impatience et vous livre le secret le mieux gardé de Landerneau ; en famille, au jeu de "Trivial Pursuit " vous aurez quelque chance de succès ! Le 21 décembre 1953, le Maire François Clamens, délibère avec son Conseil pour rappeler que le Service Départemental de l'Urbanisme donne un avis favorable à la construction de maisons d'habitation sur la propriété de Monsieur Lognos récemment acquise par la Ville et décide qu'en vue de faciliter l'accession à la petite propriété des travailleurs et des personnes peu fortunées, il collabore efficacement dans le cadre de la législation, à l'œuvre entreprise par l'État en matière de construction, en créant le lotissement qui portera pour un temps, le nom de l'ancien propriétaire du terrain.

Mais, c'est seulement au cours de la séance du 19 juin 1959, que le Conseil Municipal, reprenant l'initiative de M. Urbain Gibert, choisit à l'unanimité la dénomination du quartier de Flassian, englobant les lotissement réalisés par la ville de part et d'autre de la Route de Carcassonne, précédemment désignés sous les noms de 1er Lotissement Lognos et 2ème Lotissement Lognos, du fait qu'aucune appellation officielle ne leur avait été donnée. Le lendemain, toute la jeunesse, propriétaire en puissance, se rassemble au Café Donati pour donner le ton des premières festivités de Flassian.

Enfin, le 15 mai 1961, le moment est venu de baptiser les premières rues de la toute nouvelle agglomération et en particulier celui de trouver un nom qui conviendrait à la place principale. Tout de suite, cette Place du 21 Décembre, qui rappelle, redisons-le, la date de délibération du Conseil Municipal, au cours duquel fut décidée la création du Lotissement Lognos, devient un lieu d'animation où se retrouvent facilement les habitants du quartier, la nouvelle vague des filles et des garçons, les jeunes couples et bien sûr les croulants, pour reprendre le qualificatif irrespectueux de l'époque adressé aux plus de cinquante ans et parfois même aux parents.

Déjà, les 18 et 19 juin 1960, Mathieu Lacoume, le premier et tout nouveau président du Comité, soutenu par MM. Pierre et Louis Riu, secondé par MM. Landauer et Guiraud, avait choisi la grande formation de l' orchestre René Cadres pour animer le bal champêtre de la deuxième édition festive, et la polka des cuisinières, prélude aux difficiles ascensions du mât de cocagne planté sur le côté de la place par le chef de corps des sapeurs-pompiers en personne, le lieutenant Rivera. Une désopilante course à l'œuf avait précédé la sensationnelle corrida qui s'était déroulée sur le stade de l'Aiguille.

le 16 juin 1961, on s'exerce encore au "Twist" avec l'orchestre "Les Troubadours", sur la Place triangulaire du 21 Décembre, tandis qu'à l'aube du lundi 18 juin, Jean Garrigue et ses dix exécutants jouent la dernière note de la farandole finale. A vrai dire, cette place desservie par l'avenue du Languedoc, la rue du Pont et la rue des Acacias, sur laquelle on a cimenté une piste de danse circulaire n'a jamais connu autre chose que le bal ; c'est un cœur de quartier très dégagé, paraissant avoir été spécialement conçu pour la fête ; une fête qui annonce l'été depuis maintenant quarante-deux ans. Un peu comme si on avait souhaité pouvoir rendre à ces jeunes couples de l'après guerre venus oublier ici après le dernier conflit armé, les quelques occasions de réjouissances juvéniles perdues.

 

                    ©  Gérard JEAN                                                                                                                                                       

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