Une chronique de Gérard JEAN

Ces femmes et ces hommes qui ont aimé Limoux

 

 Ferdinand Auguste Lapasset

Général de Division - Colonisateur - Homme politique

Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), 29 juillet 1817 - Toulouse (Haute-Garonne), 16 septembre 1875.

Ferdinand Auguste Lapasset naît à Saint-Martin-de-Ré, ville de garnison qui se trouve alors dans le département de la Charente-Inférieure, le mardi 29 juillet 1817. C’est l’aîné d’une famille de cinq enfants. Sa mère, Elisabeth Félicité, vient d’épouser dans cette ville, Bernard Jean-Pierre, natif de Limoux (Aude), un jeune capitaine, déjà valeureux, qui sert depuis trois ans le 79ème régiment de ligne, blessé une première fois sur la brèche de Tarragone en 1811, touché à nouveau devant Lons-le-Saunier en 1814, fait chevalier de la Légion d’honneur à l’âge de vingt-six ans.

De sa venue au monde jusqu’à son décès, survenu à Toulouse (Haute-Garonne), le 16 septembre 1875, Ferdinand Auguste ne cessera d’être entouré de militaires ; comme par exemple, le baron Louis d’Ordonneau, maréchal de camp, commandant supérieur de l’Ile-de-Ré, ou encore Louis Dubreton, colonel, ex-lieutenant du roi qui déclarent sa naissance. Ferdinand est un fils de l’Aude, qui aime bien Limoux, même s’il en est resté longtemps éloigné en raison de ses multiples campagnes et de ses lointaines missions, car sa famille y est établie depuis longue date. Son grand-père, Jean Lapasset, est un notable, procureur influent qui siège au sénéchal et présidial de la commune.

 L’enfant vient prendre rang, par son éveil, dans cette extraordinaire lignée familiale d’officiers supérieurs, appelée à servir la France durant plusieurs siècles. Naturellement va-t-on dire, il entre au collège royal de La Flèche, d’où sortent traditionnellement les meilleurs soldats ; il se destine à l’infanterie et intègre l’Ecole spéciale militaire. Sa promotion est celle de 1837 ; sa carrière et ses avancements seront fulgurants. Ferdinand Auguste Lapasset est nommé sous-lieutenant par ordonnance du roi dans le cours de sa vingtième année, puis il poursuit sa formation à l’Ecole d’application d’état-major. C’est alors un garçon au caractère un peu ardent, dont la taille moyenne et la faible constitution ne dénotent, de prime abord, ni l’ambition ni le désir de bien faire. Ses notes excellentes, culminent en matière de stratégie, de manœuvres ou d’administration militaire.

Le 16 janvier 1841, Ferdinand Lapasset, lieutenant d'état-major, vient de servir pour la première fois en Afrique, lorsqu’il est signalé au ministre de la guerre pour son intelligence et son activité. Cité par le général Parchappe sous les ordres duquel il vient de se distinguer, il se trouve en permission à Limoux le 9 septembre 1841 au moment où se déclare un sinistre d’une ampleur considérable susceptible d’embraser la ville. Pierre Tisseyre, dit Jordy, plâtrier de son état, chef des pompes à bras utilisables en cas d'incendie, bat le rappel et fait sonner le tocsin. Le feu s'est déclaré à la Gendarmerie nationale, alors située, rue Bourrerie, au numéro 9. Le corps de sapeurs-pompiers n'existe pas ; l'incendie fait rage, la maison Galy va bientôt brûler, les pâtés d'immeubles voisins sont très sérieusement menacés. Le maire, Louis Auguste Alexis Peyre fait tout son possible pour organiser les secours avec les conseils du fils Aulard, dit Biasso, ancien soldat du génie, de Louis Désarnaud, ancien gendarme et le concours des soldats du 56ème régiment de ligne en garnison dans les murs. Heureusement, le lieutenant Lapasset prévenu, fait preuve d'un esprit d'initiative hors mesure ; au mépris du danger et des risques importants d'asphyxie, il dégage les chevaux, coordonne l'action des hommes valides volontaires, donne l'exemple avec un exceptionnel sang-froid dont les anciens ont longtemps parlé et parvient finalement à sauver des flammes une partie de la ville.

Lapasset est envoyé en Algérie, au 1er régiment de chasseurs d’Afrique, comme aide de camp du général Gentil, commandant en chef du territoire d’Oran. Voilà pour lui le début d’une carrière qui sera presque exclusivement coloniale. Dans ce pays, il franchira tous les grades jusqu’à celui de général de brigade. Promu capitaine le 5 juillet 1843 ; c’est dans les Bureaux arabes - créés par arrêté ministériel du 1er février 1844 - qu’il va donner sa pleine mesure.

 Le 29 janvier 1846, le capitaine d’état-major Lapasset est chargé d’une reconnaissance. Il conduit une centaine d’hommes du 5ème bataillon de chasseurs à pied, soutenus par huit cavaliers Arabes. Lorsque tout-à-coup, ses éclaireurs aperçoivent au fond d’un ravin, près de six cents cavaliers et autant de fantassins en embuscade, qui chargent aussitôt. Le capitaine français forme le cercle, ordonne de se battre à coups de sabre, à la pointe des baïonnettes. Les chefs de l’infanterie et de la cavalerie sont tués. Les cadavres des Arabes entourent la petite troupe qui, de son côté, déplore trente-trois blessés et vient de perdre huit hommes. Les assaillants font diversion et paraissent vouloir abandonner le terrain. Le capitaine Lapasset en profite pour commander le repli et ramener comme il le peut, tous ses blessés, lorsqu’il est de nouveau chargé. Il tient tête à l’ennemi, parvient à rallier la colonne sans abandonner un seul des siens.

Le 15 février 1846, dans un fourrage contre les Arabes aux environs de Mazonna, deux compagnies du 64ème d’arrière-garde n’ont plus de cartouches et se trouvent compromises. Le capitaine Lapasset charge pour les dégager ; il tue trois Kabyles et reçoit de l’un d’eux un coup de feu à la main droite.

Ferdinand Auguste Lapasset, chef d’escadron, revient dans son cher département de l’Aude, pour prendre en mariage, au château de Montauriol où le maire s’est exceptionnellement déplacé afin d’officier, une jeune Toulousaine fortunée de dix-huit ans.  Le 14 septembre 1852, il épouse Lise Thérèse Clémence Oternaud et de cette union naîtront six enfants, dont les deux garçons, aîné et cadet, seront officiers.

Lapasset est nommé le 21 janvier 1853, directeur divisionnaire des affaires arabes pour la province d’Oran, et le 5 août 1854 commandant supérieur du cercle de Philippeville. Officier de la Légion d’honneur le 29 décembre, il est placé en activité hors cadre le 6 janvier 1855 et promu lieutenant-colonel le 27 mars 1856, puis colonel le 5 août 1859. On lui donne le 1er février 1860, le commandement de la subdivision de Sidi-bel-Abbès ; le 6 septembre 1861, celui plus important de la subdivision de Mostaganem. Par décret du 7 juin 1865, Ferdinand Auguste Lapasset reçoit de l’Empereur, les épaulettes de général de brigade. A sa demande, justifiée par le triste état de santé de son épouse, minée par les fièvres coloniales mais qui lui survivra cependant, il retourne en France vers la fin du mois de juillet 1867, et quitte l’Algérie pour la première fois depuis sa sortie des écoles, c’est-à-dire depuis 1840. Affecté au commandement d’une brigade d’infanterie de l’armée de Lyon, il est élu membre du Conseil général de l’Aude. Fatigué par une intoxication paludéenne, préoccupé par l’éducation de ses enfants, que sa femme malade ne peut seule assumer, il cherche à se rapprocher de la ville où elle est née et demande sa mutation à Toulouse. Il ne l’obtiendra pas avant la guerre. 

Le 16 août 1870, à la bataille de Gravelotte, Lapasset reste seul en ligne de tout un corps d'armée avec sa brigade mixte ; il maintient notre extrême gauche contre des forces supérieures, de 9 heures du matin à minuit, malgré une perte de 45 officiers et de 859 hommes de troupes. A deux reprises, les Prussiens sont sur le point d'enlever les 84ème et 97ème régiments de ligne. Le général met l'épée à la main et, faisant battre la charge, il s'élance à la tête de ses soldats, contribuant puissamment à mettre en échec le général Steinmetz qui ne peut couper notre armée. Pour ce fait glorieux, Ferdinand Lapasset fut cité dans le bulletin de la bataille, mais il eut la douleur d'y perdre son frère, chef de bataillon au 32ème régiment de ligne.

Le 27 octobre 1870, Lapasset reçoit l'ordre, ainsi que tous les officiers généraux, soit cinquante au total, de rassembler les drapeaux de sa brigade et de les remettre à l'arsenal de Metz où ils seront brûlés. Pensant à juste raison d'ailleurs, que le maréchal Bazaine livrera les étendards, Lapasset refuse d'obéir pour la première fois de sa vie militaire ; il rassemble les chefs de corps et les officiers d'état-major de sa brigade et fait procéder devant les troupes à leur destruction par le feu. Il écrit ensuite à son supérieur, le général en chef Frossard "La brigade mixte ne rend ses drapeaux à personne et ne se repose sur personne de la triste mission de les brûler ; elle l'a accomplie elle-même ce matin. J'ai entre mes mains les procès-verbaux constatant cette lugubre mission".

C'est épisode, est particulièrement connu des Limouxins qui ont en permanence, sous les yeux, au Musée Petiet, l'œuvre magistrale du peintre Etienne Dujardin-Beaumetz. Au milieu de ses troupes, devant les murs d'enceinte de la forteresse, face à la cathédrale de Metz, sur la lisière de la plaine immense, le général Ferdinand Auguste Lapasset se tient debout, triste et muet, en avant de ses officiers et face à la garde d'honneur qui baïonnette au canon, va saluer les drapeaux pour la dernière fois.

Tout le monde connaît les belles paroles du général, qui cherche à se faire jour, l’épée à la main, à travers les lignes ennemies : « Nous sommes la dernière armée française, monsieur le maréchal et, si nous devons succomber, il faut que la postérité se découvre devant nous ». Rentré de captivité le 2 février 1871, Lapasset reçoit le commandement de la 3ème brigade d’infanterie de l’armée d’Afrique le 4 mars 1871 ; il fait à sa tête la campagne de Kabylie, ce qui lui vaut la promotion de Général divisionnaire du 20 avril 1871.

Grand officier de la Légion d'honneur le 20 août 1874, commandeur du Nichan de Tunis, commandant à Toulouse la 34ème division d'infanterie, ce brave officier général, encore jeune puisqu’il n’a que 58 ans, se blesse à la jambe contre une pierre de taille. Les accès de fièvre paludéenne ont affaibli son organisme, mis à mal après les fatigues répétées et les stations longues et fréquentes qu’il vient de subir en raison de son service, au milieu des quartiers inondés de Toulouse pendant et après les journées des 22 et 24 juin 1875. Sa plaie s’infecte rapidement ; il meurt à son Quartier général de la rue Duranti, le 16 septembre 1875, ayant à son actif un grand nombre d’actions d’éclat et autant de campagnes que d’années de service. Un village portait son nom, près de Mostaganem en Oranie. Ferdinand Lapasset avait fondé en Algérie les centres de Montenotte et de Bouguirat ; on lui devait l’extension des villes de l’Illil et de Relizane ; mais il avait été aussi Conseiller général de l’Aude où il s’était fait remarquer par son esprit pratique et laborieux, ainsi que par ses rapports sur la vicinalité du département, à laquelle il avait coopéré de tous ses efforts.

©  Gérard JEAN

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