Une chronique de Gérard JEAN

Ces femmes et ces hommes qui ont aimé l'Aude

 

Antoine François Andréossy

Ambassadeur

Membre de l'Académie des Sciences et de l'Institut d'Egypte

Député de l'Aude

Général de division, Inspecteur général de l'artillerie

Castelnaudary (Aude), 6 mars 1761 - Montauban (Tarn-et-Garonne), 10 septembre 1828.

Baptisé en l’église paroissiale de Castelnaudary le 7 mars 1761 au lendemain de sa naissance, Antoine François Andréossy, issu d’une lignée noble italienne originaire de Lucques en Toscane, dont une branche vient se fixer en France sous le règne de Louis XIII le Juste, a pour mère Jeanne Marie Geliers. Son père est Pierre Jérôme. Son arrière-grand-père ; mathématicien, cartographe, ingénieur hydraulicien, concourt activement à l’exécution du canal du Midi. Son trisaïeul est un riche banquier membre de la famille des Andréossi, venue à Paris vraisemblablement au début du XVIIe siècle et naturalisée par lettres patentes enregistrées le 30 avril 1626.

Instruit d’abord au collège de sa ville natale, Antoine François reçoit un solide enseignement dispensé par l’institution royale de Sorèze, véritable pépinière des généraux de l’Empire, puis intègre la célèbre école d’artillerie de Metz, d’où il sort, premier de sa promotion, le 30 juin 1781 ; ce qui lui permet à ce titre, de choisir le régiment d’Auxonne dans lequel il sert en qualité de lieutenant. 

Engagé à vingt-six ans dans la campagne de Hollande, il fait partie de l’un des trois détachements envoyés par le gouvernement français pour soutenir les patriotes. Capturé par les Prussiens, il bénéficie d’un échange et rentre en France. Déjà ses vastes connaissances sont remarquées et particulièrement, les recherches qu’il poursuit sur l’emploi des bombes pour la défense des places fortes.

C’est la Révolution ! Antoine François se montre toujours opposé à ses excès et passe pour être très attaché à l’ancien régime. Promu au grade de capitaine commandant le 6 février 1792, il tire son sabre à l’armée de la Moselle. L’armée d’Italie avance ! Son itinéraire prenant en écharpe la vaste plaine du Pô, l’amène à traverser de très nombreux cours d’eau naturels ou artificiels. Andréossy est chef de bataillon, lorsque Bonaparte l’envoie reconnaître Plaisance le 6 mai 1796. Ce dernier souhaite franchir le grand fleuve avec ses troupes et demande à son directeur des équipages de ponts d’établir une passerelle volante par laquelle transitent les corps de l’avant-garde qui mettent en fuite les hussards autrichiens. Le 18 juillet 1796, Andréossy commande cinq chaloupes canonnières qui simulent une fausse attaque de Mantoue par l’Adige, dans la traversée de Vérone, pour attirer sur elles le feu de l’ennemi, pendant que Murat et Dallemagne dirigent le véritable assaut. Dans d’autres circonstances, il se jette en personne dans l’Isonzo afin de rechercher un gué et Bonaparte le nomme général de brigade d’artillerie le 16 novembre 1797 ; grade dans lequel il sera confirmé par le Directoire exécutif.

Le général Antoine François Andréossy, commande à l’armée d’Orient les équipages de ponts ainsi que les troupes embarquées sur la flottille du Nil. Ainsi qu’ailleurs, il se fait remarquer ; en tant que soldat bien sûr, mais aussi comme savant dans cette expédition d’Egypte à laquelle il participe en accomplissant des missions d’une réelle importance pour la connaissance de l’histoire, de la science et des arts. Nommé membre de l’Institut du Caire, attaché à la section de mathématiques, il est chargé de sonder les rades de Damiette, du cap Bonger, les embouchures du Nil. En octobre 1798, il conduit à partir de Damiette une exploration méthodique de l’immense lac Menzaléh, long de soixante kilomètres et du 22 au 27 janvier 1799, il explore en Egypte la région des lacs de Natron en compagnie de Berthollet et de Fourier. Les Mémoires qu’il écrit à cette occasion sont parmi les plus curieux du recueil de l’Institut.

Rentré en France avec Bonaparte, auquel il apporte un solide concours pendant la journée du 18 brumaire de l’an VIII, il devient son chef d’état-major. Promu au grade de général de division le 6 janvier 1800, il dirige en fait l’administration française de l’artillerie et du génie. Commandant l’artillerie de Strasbourg, puis celle de Mayence, il est  nommé successivement chef d’état-major de l’armée gallo-batave, inspecteur général de l’artillerie, commandant  de la 3ème division au ministère de la Guerre, membre du conseil de perfectionnement de l’École Polytechnique.

Le 21 thermidor an X, il est appelé à la direction générale du dépôt de la guerre, puis, il est élevé au rang de grand officier de la Légion d’honneur et envoyé à Londres comme ambassadeur le 29 mai 1803. Sa mission, au lendemain de la paix d’Amiens, est assez délicate, d’autant qu’Andréossy ne connaît pas vraiment les usages quelque peu surannés d’une aristocratie anglaise, aux prises surtout avec les plus grandes difficultés. La duplicité de l’Angleterre, la nervosité de Napoléon, le manque évident de sincérité des deux adversaires, compliquent la situation de l’ambassadeur et rendent inutiles ses efforts personnels pour le maintien de la paix.

Antoine François Andréossy effectue la première partie de la campagne d’Allemagne jusqu’à la prise de Vienne où il demeure comme ministre plénipotentiaire chargé de conclure le traité de Presbourg et ensuite, avec la fonction d’ambassadeur. Il y séjourne jusqu’en 1808, mais il ne peut conjurer la rupture des relations avec le gouvernement autrichien. Entre temps, Napoléon le nomme président du collège électoral de l’Aude, comte de l’Empire par lettres patentes du 24 février 1809, et le désigne pour être candidat au sénat.

Andréossy poursuit la campagne d’Allemagne l’année suivante  avec l’état-major de Napoléon. Après la prise de Vienne dont il a dirigé le bombardement, il occupe les fonctions de gouverneur de la place où il est bien accueilli par la population qui sait apprécier son caractère loyal et généreux. Bonaparte qui le tient en haute estime, le fait grand aigle de la Légion d’honneur le 14 août 1809. Le lendemain, l’Empereur venu à Schönbrunn fêter son quarantième anniversaire, après avoir vaincu l’Autriche à Wagram et mis Joseph sur le trône d’Espagne, créé l’ordre des Trois Toisons d’Or et nomme comme grand chancelier le gouverneur Andréossy, au cours d’un banquet de deux cents couverts auquel assistent en particulier, les négociateurs autrichiens, le président du gouvernement de Basse-Autriche et le maire de Vienne.

Andréossy préside la section de la guerre au conseil d’État ; il épouse aussi, le 15 septembre 1810, Marie Florimonde Stéphanie de Fay de la Tour-Maubourg, fille du marquis, pair de France, dont il aura un fils, Auguste, mort accidentellement à l’âge de vingt-deux ans et plusieurs filles. Envoyé à Constantinople comme ambassadeur, le 26 mai 1812, il occupe ce poste avec succès jusqu’à la chute de l’Empire, réussissant à écarter la Turquie de la coalition, et il n’est remplacé que le 13 août 1814 par le marquis de Rivière. Il profite de son séjour dans cette capitale pour y recueillir des renseignements sur la géographie, le gouvernement, les antiquités. Il rédige d’intéressants mémoires, notamment sur l’irruption des eaux du Pont-Euxin dans la Méditerranée, sur la distribution des eaux en Turquie, et sur le système des eaux qui alimentent Constantinople ; mémoires qui donnent lieu à des communications à l’Institut.

Fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis par Louis XVIII, il se rallie cependant à Napoléon pendant les Cent-Jours. Créé pair de France le 2 juin 1815, il ne siège que quelques jours. Le gouvernement provisoire, constitué au lendemain du désastre de Waterloo, le nomme commandant de la 1ère division militaire de Paris et membre de la commission chargée de présenter un rapport sur les mesures de sûreté générale. Le 26 juin, il est l’un des cinq commissaires chargés d’aller porter à Wellington une proposition d’armistice et il demande le rappel de Louis XVIII. Cette attitude lui vaut de n’être pas inquiété lors de la seconde Restauration ; cependant il rentre dans la vie privée et occupe ses loisirs en rédigeant de nouveaux ouvrages scientifiques. Il se retire dans son hôtel de Bragelonne, situé à Paris, 21, rue de l’Université. Dans cet immeuble qu’il vendra en 1816 à son ami Cambacérès où sont hébergés aujourd’hui certains services du ministère de l’Économie et des Finances .

Il est toutefois rappelé à l’activité en 1818, comme membre de la commission de défense du royaume, instituée par l’ordonnance du 13 mars. Il entre, vers la même époque, dans le conseil de la société pour l’amélioration des prisons. Directeur général des subsistances militaires le 23 janvier 1821, il est vivement attaqué par une fraction de la presse à propos de l’adjudication des vivres pour la garnison de Paris, mais il se justifie aisément. Commandeur de l’ordre de Saint-Louis, le 1er mai 1821, il devient, en 1826, après une première tentative non couronnée de succès, mais dont le résultat fut cependant très honorable, membre libre de l’Académie des sciences. Enfin, le 17 novembre 1827, il est élu député par le premier arrondissement électoral de l’Aude. Il siége alors sur les bancs de l’opposition libérale et intervient à plusieurs reprises dans les débats parlementaires. Cette nouvelle carrière est d’ailleurs fort brève. Un jour, lorsqu’il revient à Castelnaudary après une session législative tenue à Paris, il est pris d’une forte fièvre et meurt à Montauban, le 10 septembre 1828. Sa veuve et son fils lui font élever, en 1831, au cimetière de l’Est à Castelnaudary, un beau mausolée de marbre, œuvre de Jean Layerle, orné en médaillon de son portrait sur la face côté allée et portant, sur les trois autres, la mention de ses plus hautes fonctions : Inspecteur général de l’artillerie, ambassadeur, membre de l’Académie des sciences et de l’Institut d’Égypte.

Le général-ambassadeur a laissé une très importante contribution à l’histoire du canal du Midi. Il estimait que l’œuvre de son arrière-grand-père n’avait pas reçu la considération méritée. Il publia, en 1799, une magistrale Histoire du canal du Midi connu précédemment sous le nom de canal du Languedoc, rééditée en 1804 chez Crapelet, à Paris. Les descendants de Riquet n’apprécièrent pas et répliquèrent, en 1825, par la construction de l’obélisque qui orne toujours le seuil de Naurouze.

Le patronyme du général Andréossy est inscrit sur le pilier sud de l’Arc de Triomphe de l’Étoile, parmi cent soixante-six autres valeureux, à Paris, du côté de l’avenue des Champs-Élysées et de l’avenue Kléber. Une rue et un lycée d’enseignement professionnel de Castelnaudary portent son nom.

©  Gérard JEAN

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