COMMENT NAQUIT L'HISTOIRE DU TRÉSOR

Voici bientôt un siècle, s'éteignait
l'acteur principal d'une histoire qui intrigua le voisinage, donna quelque
préoccupation à l'autorité diocésaine et sombra dans l'oubli, ensevelie dans la
tourment de la première guerre mondiale.
En 1955, les hasards d'une promenade
conduisirent un petit groupe d'amis membres de la Société des Arts et Sciences
de Carcassonne jusqu'au pittoresque village de Rennes-le-Château.
Héritier du
domaine de l'abbé Bérenger Saunière, l'industrieux hôtelier avait depuis
longtemps orienté la curiosité des visiteurs. Les bâtisses que l'on y pouvait
admirer, le train de vie notoirement fastueux de leur constructeur ne pouvaient
s'expliquer que par la découverte d'un somptueux trésor, d'ailleurs non encore
épuisé.
Sur la foi des souvenirs de quelques contemporains, il y en avait
encore à cette époque, ce petit groupe entreprit quelques recherches dont les
maigres résultats confirmèrent la fragilité des témoignages humains. Les choses
en seraient probablement restées là si la presse, n'avait révélé, au plan
national, le site et sa légende.
Il faut dire que le terrain était propice et
le climat favorable. André Malraux alors Ministre des Affaires Culturelles avait
subventionné, sur un "lieu à trésor" similaire, des fouilles qui avaient fait
grand bruit- si mêmes elles avaient piteusement échoué.
C'est dans ce
contexte qu'apparut le premier livre dédié à "L'or de Rennes". L'ouvrage obtint
un vit succès de librairie et contribua grandement à diffuser l'histoire de
Rennes dans les diverses couches de la société. Il est vrai que son auteur qui
n'avait ménagé ni son temps ni son imagination donnait finalement à penser que
seul, un simple d'esprit pouvait faire sienne l'explication "officielle" de la
bonne fortune de l'abbé Saunière.
Cette position officielle, basée sur une
série d'actes archivés, qui était celle de la Hiérarchie, était évidemment
connue d'un membre éminent de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne,
Monseigneur Boyer aujourd'hui décédé.
Lassée de ce qu'elle estimait un
étalage d'affabulation ou d'interprétations tendancieuses et désireux de
rétablir la vérité, la Société demanda à un membre actif de la dite société,
jouissant d'une réputation bien établie d'historien, Directeur de la
Bibliothèque Municipale de Carcassonne, d'entreprendre une étude sur les données
historiques de l'affaire.
En sa qualité de Directeur de la Bibliothèque
Municipale celui-ci avait de larges possibilités d'information dans les milieux
les plus divers, voire les plus fermés.
C'est ainsi que naquit l'ouvrage la
"Mythologie du Trésor de Rennes".
Ouvrage essentiellement basé sur la
critique des écrits, interprétations et témoignages produits par l'auteur de
"L'or de Rennes", dont il est juste de reconnaître qu'il fut le premier à
conduire une recherche approfondie sur le terrain. Ce dernier ne pouvait rester
indifférent et cette parution servie par une documentation très sûre. Il
répliqua par une plaquette largement diffusée dénonçant les lacunes de la
"Mythologie" et les non moins sévères insuffisances de son auteur.
La guerre
était ouverte... et durerait sans doute encore si la disparition d'un des ses
belligérants n'avait mis fin au combat.
Mais l'impulsion était donnée.
Émergeant de centaines d'articles et autres productions, de nombreux livres
reprirent le sujet sous les éclairages les plus variés et parfois les plus
inattendus.
Du roman d'espionnage à la bande dessinée, l'histoire singulière
de l'abbé Saunière demeure d'actualité, et on peut, chez le lecteur
d'aujourd'hui, comprendre une certaine perplexité devant les horizons
insoupçonnés déclenchés par une minuscule page de la vie et de l'histoire du
Razés.
Sur quel bâton de pèlerin peut-on s'appuyer pour ne pas trébucher dans
le labyrinthe des spéculations hasardeuses, des déductions gratuites et
affirmations sans preuves.
Peut-on dire que toutes les obscurités sont
levées? Que chaque élément du puzzle s'emboîte parfaitement dans un ensemble
dont aujourd'hui encore il serait présomptueux de définir exactement les
contours? Est-il une époque, un chapitre, une personnalité de l'histoire dont on
puisse affirmer qu'ils n'ont plus rien à nous apprendre? A chacun de répondre
selon son intime conviction.
Mais de grâce n'allons pas trop loin et évitons
de sombrer dans la folie des écrits et des interprétations aussi farfelues que
celles que certains nous ont livrées ces derniers temps.
André
Galaup