Une chronique de Gérard JEAN ©

Rue Marcellin Albert

 

Les Monell, vignerons catalans, laudatifs de la production et de la commercialisation viticole de père en fils, ont créé le lotissement qui porte leur nom aux limites de la ville.  Il n'a donc pas été déraisonnable de rappeler les vicissitudes des paysans, ou leurs luttes mémorables de l'année 1907, pendant laquelle ils s'efforcèrent en masse, de faire abroger les lois "scélérates" contre le vin de Georges Clemenceau, Président du Conseil, lorsqu'il a été nécessaire d'apposer les plaques bleues nominatives aux armes de la commune.

La Rue Marcellin Albert préfigure un point d'exclamation inversé long de cent cinquante mètres. Aujourd'hui quasiment sans issue à l'ouest, elle débouche à l'est sur l'Avenue du Lauragais.

Sa pénétration en pente douce vers l'intérieur des terres, son relatif surplomb des coteaux encore plantés de vignes ou de pins, donnent un petit air champêtre agréable, voire méditerranéen.

C'est sous la municipalité de Robert Badoc, au cours de la délibération du 30 septembre 1975, qu'elle a reçu son nom.

Toute jeune, elle n'a donc aucune histoire à raconter sinon celle de Marcellin Albert.

C'est à Argelliers que les premiers symptômes du mécontentement des viticulteurs se font sentir. Ces derniers propulsent notre homme chef du mouvement des revendications.

Principal instigateur de la révolte de 1907, il naît le 29 mars 1851. Très tôt orphelin de père, il quitte l'école à seize ans après quelques études secondaires dans une pension de Carcassonne et vient aider sa mère. Mais, quoique dispensé d'obligations militaires, il s'engage en 1870 et participe à la campagne de Kabylie.

Marié en 1873, peu porté à la fidélité, il a un goût prononcé pour le dessin et le théâtre. Soucieux d'élégance, toujours prompt, il tient un café où il a fondé un cercle d'études sociales quelques années avant l'affaire d'Argelliers. Cependant, il s'occupe moins de ses affaires et de ses vignes que des idées qui l'enthousiasment.

Petit propriétaire, il cultive ses sept hectares lorsqu'il est élu conseiller municipal républicain en 1881.

Le 11 mars 1907, avec ses amis du comité de défense viticole, il organise efficacement la mobilisation des villages du narbonnais où la révolte prend corps. Il met au point, avec un sens théâtral consommé la tactique des meetings dominicaux.

Mais attiré à Paris par Georges Clemenceau dans un guet-apens politique, il revient soudoyé, discrédité et physiquement désemparé.

L'humble apôtre d'Argelliers s'éteint, sans cérémonie, le 12 décembre 1921 à l'âge de soixante-dix ans. 

 

©  Gérard JEAN

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