Une chronique de Gérard JEAN ©

  Rue Descartes ©

 

La rue Descartes longe en contrebas l’ancienne route nationale N° 623 qui conduit à Castelnaudary. Elle se laisse prendre en étau entre la Rue Buffon et la rue François Mauriac et se cache toute droite sous l’avenue du Lauragais. Elle est située au lotissement Mougne plus tard absorbé par le lotissement Maireville, dans la partie ouest du quartier de Flassian où s’éveillent paraît-il plus facilement qu’ailleurs les destinées politiques de nos élus. Dénommée le 5 février 1970, elle figure sous cette appellation dans une délibération du Conseil municipal signée du maire François Clamens.

C’est une rue apparemment bien tranquille, à l’écart de toute agitation commerciale, un endroit sans histoire finalement où le plus grand philosophe des temps modernes aurait aimé se trouver, partagé entre de longues conversations avec ses amis et la culture de son jardin, car dans ce lieu il aurait pu comme à son habitude vers la fin de sa vie, ranger ses planètes le matin et cueillir une fleur ou l’arroser le soir. Une rue de Limoux porte le nom de celui qui engendra le fantastique mouvement de la science en Europe et qui fut non seulement physiologiste, mais aussi métaphysicien et même géomètre de grand renom. Parlons-en !

René Descartes est né à La Haye, en Touraine, le 31 mars 1596 bien que sa famille, d’où est issu un archevêque de Tours, soit originaire de Châtellerault en Poitou. Son père est un gentilhomme, conseiller au parlement de Rennes. Très tôt il remarque l’imagination vive de l’enfant, sa forte personnalité et son penchant vers la méditation, si bien qu’il l’appelle en riant « son petit philosophe ». René qui est de bonne heure orphelin de sa mère est inscrit vers l’âge de huit ans dans une institution, chez les jésuites, au château de La Flèche et il s’y trouve au moment de la réception du cœur d’Henri IV que l’on vient d’assassiner.

Sa constitution physique est faible, mais c’est un excellent élève. Pourtant, malgré la valeur de ses bons maîtres il ne s’intéresse vraiment à aucune des sciences qui lui sont enseignées et il regrette déjà le temps consacré à ses études. Il abandonne les livres pour se jeter dans le métier des armes. Toutefois comme la guerre civile est imminente en France, il préfère servir au dehors et c’est sous les ordres de Maurice de Nassau, en Hollande, qu’il s’enrôle.

Le jeune officier passe les quinze mois de trêve dans la garnison de Breda sans avoir à se battre. Il part ensuite pour l’Allemagne, où il assiste au couronnement de l’empereur à  Francfort. Il prend du service sous le duc de Bavière et campe devant Prague. Ensuite, il est en Moravie, puis en Hongrie avec Bucquoy tué au siège de Neuhausel, et il quitte l’armée peu après en 1621 afin de se consacrer à la morale, aux mathématiques, à la philosophie et à son inquiétante passion du jeu qu’il parvient heureusement à dominer.

René Descartes est convaincu de pouvoir étudier les hommes et la nature dans le grand livre du monde. Il se met à voyager, à visiter tous les savants célèbres de son temps et à recueillir partout des vérités, sans pouvoir toutefois rencontrer Galilée. Il va en Silésie, en Poméranie ; il passe par la Pologne ; il gagne le Mecklembourg et le Holstein ; il suit le rivage des mers du Nord. Après un séjour en Poitou, il se dirige vers l’Italie. Par Bâle et la Suisse, il atteint Venise où il assiste aux épousailles du doge et de la Mer, puis Rome où il est présent lorsque Urbain VIII ouvre la Porte sainte. Il revient par la Toscane et la Savoie.

Ses amis souhaitent le retenir à Paris. A vrai dire, il n’a encore rien publié mais il jouit d’une grande réputation acquise par ses conversations, par ses correspondances. Dans cette ville, il connaît les personnages les plus représentatifs de la société littéraire, scientifique et mondaine. Il continue à s’intéresser à toute chose, et va jusqu’à La Rochelle assister à la prise des fortifications. Contre la propagande des libertins, il se propose d’écrire. On le presse d’ailleurs de prendre la plume. Pour trouver la sérénité indispensable, il se retire en Hollande si bien que l’on raconte qu’il est allé y chercher un asile contre la persécution.

Mais Descartes qui témoigne en toute occasion de la sincérité de son catholicisme, n’est jamais exposé à la moindre poursuite de l’Eglise. Il s’installe aux Pays-Bas en 1628 et y reste jusqu’en 1649. Il écrit le Traité du Monde, qui repose sur le mouvement de la Terre, lorsque l’on apprend qu’une condamnation aussi injuste qu’ignoble frappe Galilée. Il interrompt immédiatement la rédaction de son ouvrage tout en poursuivant celle de la Méthode. Le Discours paraît en 1636. Son succès est prodigieux.

Les principes de physique nouveaux contenus dans les essais de Descartes courent le monde. Sa science aboutit à des résultats pratiques surprenants. Les théologiens, les mathématiciens, les philosophes s’émeuvent et une discussion assez vive survient par correspondance interposée avec Pierre de Fermat, conseiller au parlement de Toulouse. En Hollande même, René Descartes connaît des adversaires. Voetius, qui est un homme considérable dans l’Eglise de ce pays, maître de science sacrée, recteur de l’université d’Utrecht, prend ombrage des théories de Descartes qu’il accuse publiquement d’athéisme avant de faire condamner publiquement ses idées cartésiennes par l’assemblée des professeurs, le 16 mars 1642.

Absent de Paris depuis seize ans, Descartes y revient épisodiquement en 1644, puis en 1647 et en 1648. C’est le moment où l’on imprime ses Principes qui ne sont autres que son ancien Traité du Monde, arrangé de manière à ne point susciter de scandale dans l’Eglise. Il voit beaucoup de monde et rencontre notamment le jeune Pascal, mais les troubles politiques dans la capitale le décident à quitter la France pour se rendre près de la reine Christine de Suède qui sollicite son enseignement philosophique, chaque jour à cinq heures du matin. Son habillement est extrêmement simple, sa table très frugale et son état de santé toujours faible. La fatigue et le changement de climat lui sont funestes. René Descartes meurt à Stockholm, le 11 février 1650.

Son cercueil est ramené en France en 1667. Ce fut l’occasion d’une cérémonie solennelle, mais Louis XIV interdit au chancelier de l’Université de prononcer l’éloge public du défunt, car dès 1662, l’Eglise catholique romaine à laquelle Descartes semblait s’être toujours humblement soumis avait mis toutes ses œuvres à l’index. Les théologiens avaient eu tort sans doute de persécuter ce grand homme dont la philosophie cartésienne reposait en grande partie sur l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu. Mais René Descartes pouvait-il reconstruire à la fois sur cet argument, Dieu et la société de son temps lorsqu’il déclarait : « Je pense, donc je suis » ?

 

© Gérard JEAN

 

    

Sommaire  |  Répertoire des rues  |  Histoire locale