Une chronique de Gérard JEAN ©

  24 décembre 1788

Naissance de Pierre Marie Jeanne Alexandre Thérèse Guiraud

Poète élégiaque et dramatique, romancier, philosophe, membre de l'Académie Française

 

 

L'enfant, Pierre Marie Jeanne Alexandre Thérèse Guiraud, naît à Limoux le mercredi 24 décembre 1788 à l'heure où la grosse « Tercial » de l'église Saint-Martin bourdonne à s'en fêler la panse. C'est un garçon, auquel on a toutefois donné trois prénoms féminins. Peu avant de célébrer la grande messe de Minuit, le curé de la paroisse Bertrand Reverdy, est allé précipitamment par cette froide nuit de Noël à travers les rues de Limoux, afin de confirmer aux parents, Alexandre et Thérèse Laffon, sa seconde femme, que le sacrement du baptême serait solennellement administré au nouveau-né le lendemain 25 décembre, jour de la Nativité, en présence d'Henry Majorel, procureur au Sénéchal. On perçoit là, les prémices d'une destinée qui conduira notre illustre académicien, fervent croyant, à se consacrer aux écrits poétiques, à de nombreux romans chrétiens, ainsi qu'à une Philosophie catholique de l'Histoire en trois volumes qui lui coûta vingt ans de travail.

Le jeune Alexandre, usuellement prénommé comme son père, un très riche marchand de draps, doit sa propension immodérée pour les vestiges religieux, l’amour déraisonnable des vieilles pierres sacrées, sa foi en l’Eglise tardive mais profonde, aux lieux mêmes de ses jeux, berceaux de son enfance. Il assure ses premiers pas autour du cloître des Cordeliers, il court et s’amuse dans le grand sanctuaire du couvent avec ses demi-frères et sœurs aînés, et plus tard voilà qu’il grimpe et se cache parfois dans son curieux clocher d’où il découvre émerveillé sa ville natale et sa multitude d’églises.

Car depuis le 15 février 1791, le père du garçonnet est devenu en partie propriétaire de tout un quartier de Limoux après avoir acquis en indivision les bâtiments, l’enclos, la source, l’église, le clocher et les dépendances du couvent des Cordeliers mis en vente par l’administration révolutionnaire du district au titre de l’aliénation des biens nationaux. Alexandre Thérèse ne fréquente pas l’école communale, mais il reçoit son instruction jusqu’à l’âge de quinze ans, sous la direction d’un précepteur. Il peut ainsi apprendre les vérités de la religion au moment où tout culte est proscrit de l’enseignement public et prier pour le dauphin prisonnier en étudiant son catéchisme. Au milieu des siens, il fait connaissance avec les classiques, entre autres avec Virgile, qui aura toujours sa prédilection.

En 1803 il va ensuite, sans grand enthousiasme, suivre les cours de l’Ecole de droit à Toulouse. Pendant trois ans, Guiraud étudie la jurisprudence, mais il dérobe des heures nombreuses pour cultiver la poésie vers laquelle il est entraîné irrésistiblement. Il fréquente alors quelques jeunes gens de la haute bourgeoisie à l’esprit distingué, appelés à s’occuper de littérature et de politique, et avec eux, il crée une espèce d’académie qui prend le nom de Gymnase littéraire. Dans ce milieu, où les premiers échanges de l’intelligence et du cœur sont pleins de charme ; à cet âge de confiance et d’épanchement mutuel où la rivalité est encore de l’émulation, il côtoie son meilleur ami, Alexandre Soumet de Castelnaudary, Léon de Lamothe-Langon, un écrivain fécond qui deviendra mainteneur des Jeux floraux de Toulouse, ou bien encore le comte de Montbel, futur ministre de Charles X.

Alexandre Thérèse Guiraud n’a pas vingt ans lorsque son père meurt à Limoux, le 24 mai 1808. Il reçoit des biens considérables et les fabriques de draps qui constituent la meilleure part de son héritage. L’industrie n’est certainement pas son fait ; il n’aime guère s’en occuper, préférant aux soucis des intérêts matériels, un travail plus en rapport avec ses goûts et son penchant pour la littérature. Il se donne d’heureux loisirs et les emploie à rimer, à ébaucher des tragédies, des poèmes et même des systèmes philosophiques. Il est né poète, l’amour des lettres l’emportera.

Jusqu’à la Restauration, Alexandre Guiraud fait à Paris d’assez courts séjours, suffisants cependant pour s’y faire connaître par une Ode à Mme Staël, proscrite en Suisse à Coppet, à qui il destine en 1813 une pièce en vers qui attire l’attention des cercles littéraires. Peut-être même plus que l’on ne le pense puisque le Salon présente l’œuvre admirable du sculpteur Debric, qui immortalise déjà le poète par un buste en marbre dont l’État se porte acquéreur. En 1819, Guiraud adresse à l’Académie des Jeux floraux de Toulouse une ode qui lui vaut une violette, et deux élégies : l’Hymen et l’Exilée de Hartwell. La dernière obtient le prix. Une ode encore l’introduit auprès du grand public. Il chante l’un des premiers, parmi les poètes d’alors, la Grèce luttant contre la tyrannie turque pour obtenir sa liberté. Son Ode sur les Grecs connaît un immense succès ; traduite en plusieurs langues, elle court pendant longtemps les journaux étrangers. La notoriété de Guiraud grandit dans la capitale du royaume, comme dans la république des lettres et on l’attend à Paris avec impatience.

La tragédie de Pélage, qui l’introduit dans le monde littéraire et dramatique est lue pour la première fois en 1820 chez Mme Sophie Gay en présence de Benjamin Constant. La pièce devait être jouée au Théâtre-Français, mais la censure l’interdit, car elle ne permet pas l’introduction sur la scène de l’archevêque de Tolède, l’un des principaux personnages. Alexandre Guiraud revient souvent en Languedoc. Le 30 septembre 1822, il se porte acquéreur à Limoux, dans l’ancienne rue del Bourguet neuf, du remarquable hôtel de maître ayant appartenu au riche manufacturier Jacques Andrieu, dans lequel s’établira plus tard la sous-préfecture d’arrondissement.

 

 

© Gérard JEAN

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