Une chronique de Gérard JEAN ©

  10 mai 1678

Louis XIV le Grand, veut et ordonne la fondation

de l'Hôpital Général de Limoux

 

L’hôpital ancien de la ville de Limoux, autrement dit l’hôtel-Dieu, situé à l’extrémité du Pont-Neuf du côté de l’église Saint-Martin, ne diffère en rien des maisons de correction. Le malade, le pauvre, le prisonnier que l’on y jette, est toujours considéré comme un pêcheur frappé par Dieu, qui d’abord doit expier. Il subit de cruels traitements. Une charité si terrible épouvante. Les doux euphémismes de pitié, de bon pasteur, ne rassurent personne. Les pauvres hères se cachent pour mourir, de peur d’y être traînés. Au cours des famines cycliques, venues de trois ans en trois ans, rien ne peut décider les affamés qui préfèrent fuir l’hôpital plutôt que d’y être nourris.

Mais la Cour, les puissants, n’aiment pas voir errer ces grands troupeaux de misérables, accusation vivante de l’administration. On fait la chasse aux pauvres. On les traque, les ramasse par tous les moyens de police, par l’effroi même des supplices infamants. Obstinément, ils fuient l’hôpital comme la maison de la mort. Elle y est en permanence.

Louis XIV, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre se laisse emporter par la colère. Depuis son avènement à la couronne, il souhaite pourvoir aux nécessités des pauvres et faire cesser l’oisiveté, le libertinage, la corruption et les autres vices qui accompagnent ordinairement la mendicité. Il veut, comme à Paris, comme à Montpellier, doter sa bonne ville de Limoux d’un Hôpital Général, afin que les malheureux y soient accueillis, instruits des vérités chrétiennes, exercés aux pratiques de piété et occupés à des ouvrages ou des métiers qui puissent leur procurer quelques secours pour leur subsistance.

L’ordonnance du mois de juin 1662 n’est pas entendue ; notre province est tellement éloignée de Versailles dont le projet accapare le roi ! Alors, au mois d’août 1776, Louis XIV adresse un ordre à son cher et bien aimé cousin, le cardinal de Bonzy, archevêque de Narbonne, afin qu’il examine au plus tôt, avec les intendants de justice, de police et des finances, les conditions d’ouverture d’un établissement qui doit remplacer l’hôtel-Dieu, de trop mauvaise réputation, et regrouper les autres hôpitaux et maisons de charité pour la ville et le diocèse de Limoux.

Aux fronts des guerres de Flandre et de Hollande, depuis le Camp de Vétéré, le 10 mai de l’an de grâce mille six cent soixante-dix huit, dans la trente-sixième année de son règne, Louis XIV adresse ses lettres patentes ; déclare, ordonne, veut et souhaite que dans la ville de Limoux, il soit établi un Hôpital Général, à l’endroit où il se trouve actuellement, rue de l’Hospice, et dans lequel seront enfermés tous les pauvres valides et invalides de l’un et de l’autre sexe.

Le cardinal de Bonzy assume la présidence. Les premiers administrateurs nommés sont connus ; il s’agit du curé, des consuls de la ville, de Marc Antoine Dupuy, ancien juge-mage, du lieutenant principal Pierre Esprit, des marchands Peyre et Paul Barthe et de quelques autres notables qui prêtent serment. Les revenus sont assurés ; les prêtres s’occupent des soins du spirituel, de l’instruction et de la consolation des pauvres. Les ouvriers, artisans, pharmaciens, médecins et chirurgiens sont chargés de l’accompagnement social.  S’ils acceptent de dispenser leur savoir gratuitement pendant six ans au sein de l’établissement, ils reçoivent d’autorité leurs diplômes de maîtrise et peuvent librement ensuite tenir boutique.

Une espèce de Samu urbain est mis en place. Avec un personnel chargé d’arrêter, de conduire et d’enfermer à l’hôpital général les pauvres mendiants ; tandis que les vagabonds sont traduits devant les juges ordinaires pour être châtiés.  Mais l’on apprend encore avec effroi, que la potence, le carcan et la prison existent dans son enceinte.

En 1682, l’hôpital général de Limoux à vocation régionale, selon l’expression de notre temps, ouvre ses portes, mais désormais, il sera fait défense expresse à toutes personnes, quel que soient l’âge et le sexe, quelles que soient leurs qualités et leurs origines, qu’elles puissent être valides ou invalides, malades ou convalescentes, curables ou incurables, de mendier dans la ville et le diocèse de Limoux sous peine d’être condamnées la première fois au fouet, puis aux galères s’il s’agit d’hommes ou de garçons, et au bannissement pour les femmes et les filles.

Le roi semble préoccupé par la mendicité et il souhaite l’éradiquer sous toutes ses formes. Ainsi l’interdit-il de la manière la plus rigoureuse. Elle ne devra plus être sur le parvis des églises, ni aux portes des maisons, ni dans la rue, ni le jour ni la nuit. Nul ne pourra donner l’aumône sous peine de forte amende, publiquement ou en secret, ni pendant les fêtes solennelles, pardons et jubilés, ni pendant les assemblées, foires ou marchés.

Et pourtant, nonobstant l’extrême sévérité de l’acte royal, on tendra encore et bien souvent la main, en raison même des calamités publiques qui s’abattront sur la ville de Limoux, bien après la fondation de son hôpital général qui porte au fronton, la date gravée à la fin de sa construction : 1682.

 

  

 

     

 

© Gérard JEAN

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