

Une chronique de Gérard
JEAN

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Vue sur le
stade Jean Christophe Morro, depuis les hauts du chemin des Pontils
Le
chemin des Pontils, tout anodin qu’il puisse paraître, est sans
controverse possible d’une importance essentielle quant à l’histoire de
Limoux, puisqu’il conduit depuis mille ans et plus encore vers les lieux
occupés à l’origine par les habitants primitifs de notre ville aux temps
de la province Narbonnaise. On l’emprunte depuis l’avenue du Lauragais à
l’extrémité du lotissement Trauque, et il nous amène au choix par le
tracé de l’ancien chemin rural n° 32, soit à droite vers la rue des
Alizés, soit à gauche vers le chemin de La Canal.
On l’appelle Locus Pontii
en latin. Ce qui bien souvent signifie un peu partout dans la gaule
romaine que l’on se trouve sur le territoire le plus ancien fondé par
une communauté. Le terme peut indiquer également que l’on est sur le
passage, sur le pont, par lequel on se dirige pour atteindre l’endroit
où l’on vote, c’est-à-dire, le forum, le centre décisionnel,
administratif, la paroisse de la ville. Les écrits qui nous restent sont
trop récents mais nous en conservons un toutefois du XIIe
siècle qui fait justement état du Pontillum.
Tout indique que le chemin
des Pontils, comme le chemin de La Canal, desservait depuis les temps
les plus reculés le premier habitat de Limoux situé sur les hauteurs, le
conduisait à la rive gauche du fleuve, et le réunissait jusqu’à sa
destruction du XIIIe siècle, d’une part à l’agglomération de
Flacian, d’autre part aux bâtisses construites autour de l’église
Saint-Martin et du marché vieux que l’on situe aujourd’hui sur la place
actuelle du Presbytère.
L’antiquité du lieu et son
exceptionnel intérêt au plan archéologique sont connus depuis très
longtemps. Heureusement, les lois d’urbanisme modernes prévoient des
fouilles et des sondages préventifs avant toute construction importante
comme la mise en chantier d’un lotissement par exemple. C’est ainsi que
nous allons mieux connaître certainement nos origines grâce à la
nouvelle réglementation, dictée par la direction régionale des affaires
culturelles, qui devrait permettre prochainement une exploration
scientifique et profonde sur le tènement de la colline appelé La Canal
et les Pontils, ainsi que la préservation des parcelles non encore
gagnées par l’habitat contemporain.
Déjà le baron Charles Joseph
Trouvé, qui fut préfet de l’Aude, s’était intéressé au site des Pontils
et il en parlait en 1818 dans sa Description générale et statistique
du département de l’Aude en se fondant sur une ancienne tradition
qui voulait que la ville de Limoux ait existé, sous un autre nom, du
temps de Jules César. Ce n’était pas un historien, mais il pouvait
disposer de par sa fonction de sources sûres et de première main. Il
nous dit également qu’à l’origine l’agglomération était construite sur
la petite colline qui nous surplombe, quelque part au bout du chemin des
Pontils, et qu’elle était protégée par un fort appelé Rheda.
Cette ville, que l’on a pu
appeler selon des époques plus ou moins lointaines Atace, Atax, que l’on
rapproche de Taïch et de Tax traduit en patois ; ou bien Ribes-Hautes ;
mais aussi Rheda ou Rhedæ, aurait donné son nom à la contrée du Razès,
ancien apanage de la maison des comtes de Carcassonne, dont elle
deviendra la capitale. Si l’on comprend bien la relation de Théodulfe,
l’évêque d’Orléans qui est envoyé comme commissaire par Charlemagne en
l’an 798, on voit une cité qui ne s’appelle pas forcément Limoux, formée
d’un pôle haut situé au-dessus des Pontils, qui s’étend vers La Canal,
défendu par un château connu sous le nom de Rheda rasé par ordre du roi
de France en 1262 à la suite des troubles de religion et des guerres du
comte de Toulouse ; et d’un pôle bas construit autour de l’église
Saint-Martin déjà attestée par un acte de Louis 1er le Pieux
ou le Débonnaire, daté du 12 juin de l’an 815, et dont le château à lui
aussi été déjà détruit en l’an 1209 par Simon de Montfort après la prise
de Carcassonne.
Limoux qui est érigée au
rang de ville en 1218 par Amauri, le fils de Simon de Montfort, résulte
de la fusion d’un bourg abbatial apparemment fortifié jusqu’en 1209,
réuni depuis au moins le début du IXe siècle autour du
prieuré de Saint-Martin ; et d’un peuplement castral beaucoup plus
ancien, romain, celtique ou wisigothique, si l’on se réfère à
l’étymologie du nom de son château Rheda, construit sur les hauteurs de
Taïch ou bien entre les lieux de La Canal et des Pontils.
Lorsqu’en 1838, le limouxin
Louis-Henri de Fonds-Lamothe visite les lieux, il nous en donne une
description précise. « Au septentrion, et à quatre cents mètres environ
de la ville, s’élève une colline très escarpée des côtés du midi, du
levant et du nord, au pied de laquelle coule la rivière d’Aude ; son
plateau comprend dans ses ondulations cent trente-quatre mille huit cent
vingt mètres carrés. C’est là qu’en fouillant, on trouve partout des
traces de construction. Le sol, quoique cultivé, est parsemé de pierres
taillées, de débris de tuiles et de gros cailloux étrangers à la roche
de montagne. Vers la partie méridionale on remarque quatre silos creusés
dans le roc d’environ deux mètres de profondeur sur un mètre
d’ouverture ; il en existe vers le nord, deux en partie comblés, et un
troisième parfaitement conservé, mais ouvert par le côté ; souvent même,
après de fortes pluies, des affaissements de terrain en découvrent
d’autres que la culture fait bientôt disparaître ».
Cette description est
corroborée par celle de l’archéologue chargé du site des Pontils, notre
compatriote Dominique Baudreu. « A trois cent cinquante mètres du noyau
urbain de Limoux, au nord-ouest de la ville actuelle et de la confluence
entre le ruisseau du Cougain et l’Aude, s’élève une colline d’emprise
globalement ovale, qui surplombe la route de Carcassonne à Limoux. Sa
superficie totale atteint environ une dizaine d’hectares pour une
emprise maximale de cinq cent cinquante mètres de long selon un axe
nord-sud, et de trois cents mètres de large selon un axe est-ouest. Pour
donner un ordre d’idée, la surface concernée est tout à fait comparable
à celle de la cité de Carcassonne ».
Comparable à la cité de
Carcassonne dit Dominique Baudreu ! Et si les historiens du XIXe
siècle s’étaient trompés ! Et si leurs successeurs avaient joué la
facilité de reprises invérifiées non fondées ! Le mythe de
Rennes-le-Château, capitale du royaume wisigoth tomberait, parce que son
emplacement et sa situation loin de l’eau ne se prêtaient pas à une
telle importance. La cité des Charriots, aurait alors été confondue avec
le château de Rheda connu sur nos hauteurs, et la ville qui ne
s’appelait peut-être pas encore Limoux serait depuis toujours, et non
pas seulement depuis 1218, la capitale du Razès parce qu’elle était
grande, fortifiée dans sa partie basse comme dans sa partie haute,
protégée par de puissantes abbayes, mais aussi et surtout parce qu’elle
était baignée par l’Aude.
© Gérard JEAN
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